mercredi 05 août 2020

C’est l’Amérique !

Premier dirigeant étranger à effectuer une visite d’État aux États-Unis sous la présidence Trump, Emmanuel Macron a tout fait (et peut-être plus encore !) pour montrer qu’il avait noué une relation étroite, "amicale" avec son homologue américain, dont la vision du monde est pourtant, à de nombreux égards, à des années lumières de la sienne. Multipliant embrassades, poignées de main, sourires complices, on verra même le président Trump, dans un geste affectueux, paternaliste, épousseter des (hypothétiques ’) pellicules présidentielles sur l’épaule de Macron, devant les caméras du monde entier - une incongruité de plus dans un monde diplomatique habituellement si aseptisé !

Qu’importe. À Washington, les présidents français et américain, que plus de 30 ans séparent, mais qui ont tous deux en commun d’avoir été élus là où personne ne les attendait quelques semaines avant leur victoire - ça crée des liens forcément ! - ont joué, depuis lundi, "l’entente cordiale".

Sur le fond des dossiers qui "fâchent" et qui divisent des deux côtés de l’Atlantique, que ce soit sur le climat, le multilatéralisme et le maintien des États-Unis sur la scène internationale, sans oublier, bien sûr, cet accord qu’il juge toujours "ridicule" et "désastreux", conclu par son prédécesseur démocrate Barack Obama en 2015, concernant le nucléaire iranien, Donald Trump a donné l’impression d’infléchir (même timidement) ses positions radicales. En acceptant, par exemple, de réfléchir à la proposition du président français, visant à la construction d’un "nouvel accord avec L’Iran" aux fondations "solides" et "plus larges". Et tant pis si, sans attendre la fin du séjour américain d’Emmanuel Macron, ce jeudi, l’Iran et la Russie ont d’ores et déjà claqué une fin de non-recevoir à cette tentative de renégociation.

Pour le reste, sur les questions économiques, par exemple, le locataire de la Maison Blanche, qui prépare déjà les élections des "mid-terms" en novembre prochain, a ouvertement regretté, devant son hôte français, d’avoir l’Union européenne comme interlocuteur. Du coup, "la question des échanges avec la France est compliquée parce qu’il y a l’Union européenne. Je préférerais négocier seulement avec la France" a-t-il lancé. "L’Union est très dure avec nous, ils ont des barrières douanières qui sont inacceptables."

Bref, si le discours de Donald Trump ne change guère sur le fond, Emmanuel Macron aura permis, tout de même, d’en éclaircir les horizons. Et pour celui qui entend "moderniser" la France pour l’ancrer à la tête d’une Europe plus forte, plus influente, face à une Amérique trumpienne dominante, hégémonique et en même temps tentée par le repli nationaliste, cette première visite d’État du président français, sur l’autre rive de l’Atlantique, n’aura sans doute pas été totalement vaine. Et puis, au-delà des postures affichées, aux accents parfois hollywoodiens, des signes d’amitié ostentatoires observés de part et d’autre, le "caïd" américain a trouvé chez le "petit frenchie", qu’il apprécie pour son côté assez "cash" également - et avec qui il s’est entendu, tout récemment, pour intervenir en Syrie, en représailles aux attaques chimiques d’Assad -, un relais européen de premier plan, et accessoirement son médiateur d’outre-Atlantique dans la crise irano-américaine. De son côté, Emmanuel Macron, dont on connaît l’appétence pour l’Amérique des "winners", des aventuriers, de l’audace, où l’argent et la réussite ne sont pas synonymes de gros mots, a, sans doute, gagné en trois jours, auprès de son homologue mais aussi du congrès américain, ses galons de héraut de notre "vieille Europe". En portant plus loin, à l’Ouest, et par-delà les océans, le dialogue entre les nations, comme une valeur fédératrice et pré-requis à la paix dans le monde. Mieux qu’un rêve ! même américain !