mercredi 12 août 2020

Une journée sans alcool à la Réunion ? Cela ne devrait pas faire de mal !

Santé. Face à l’inaction des pouvoirs publics, David Mété, le président de la Fédération régionale d’addictologie, souhaite organiser la première journée sans alcool. Celle-ci pourrait avoir lieu dès cette année, entre la fin septembre et le début du mois d’octobre.

La déclaration d’Emmanuel Macron, l’a fait bondir. Fin février, le président de la République, lance, en plein salon de l’agriculture : " Il y a un fléau de santé publique quand la jeunesse se saoule à vitesse accélérée avec des alcools forts ou de la bière, mais ce n’est pas avec le vin ! ". Quelques jours plus tard, Christophe Castaner, le patron de La République en marche, enfonce le clou : " Il y a de l’alcool dans le vin mais c’est un alcool qui n’est pas fort ". De quoi faire bondir tous ceux qui luttent contre les ravages de l’alcoolisme. " Ce message jette la confusion sur notre travail de prévention ", se désole David Mété, président de la Fédération régionale d’addictologie. Ces jours-ci, il a accueilli à La Réunion plusieurs experts nationaux signataires des dix mesures pour protéger contre les risques de l’alcool, présentées à la mi-avril.

Auteur, en 2015, d’un livre blanc contenant 30 propositions pour lutter contre l’abus d’alcool à la Réunion, David Mété se désole de l’inaction des pouvoirs publics. « Nous sommes la 2e région la plus touchée par l’alcoolisme en France. Nous avons le taux le plus élevé d’ivresse aux Urgences. C’est une situation très particulière qui nécessite des mesures exceptionnelles de l’Etat et des acteurs locaux ».

Mais c’est plutôt l’inverse qui se produit. Les alcools forts locaux bénéficient d’un régime fiscal dérogatoire. Résultat, « nous avons l’alcool le moins cher de France ». « Cela concerne le rhum mais aussi leurs dérivés comme le Bourbognac, le pastis local...C’est un vrai scandale de santé publique car l’Etat permet la vente massive d’alcools forts à des prix très bas », dénonce David Mété.

Pour mobiliser autour de cette cause, il envisage d’organiser la première journée sans alcool. Celle-ci pourrait avoir lieu entre fin septembre et début octobre. " À‡a sera aussi l’occasion d’organiser une marche blanche en l’honneur de toutes les victimes de l’alcool. Il y en a officiellement 250 à La Réunion chaque année. Mais ce chiffre est sous-estimé, il ne prend pas en compte les victimes de violences ni la mortalité routière ", précise David Mété. Les associations de prévention contre l’alcoolisme, mais aussi celles liées aux victimes de violences, à la prévention routière... seront invitées à participer. " L’alcoolisme est un problème majeur qui nécessite une mobilisation à la hauteur. La complaisance des autorités n’est plus acceptable ", tacle David Mété.

À la suite de son livre blanc, la préfecture avait mis en place un groupe de travail sur cette problématique. Depuis deux ans, David Mété n’a plus de nouvelles et s’interroge sur la politique volontariste de l’État : " Est-ce que le préfet va se bouger et va prendre des mesures innovantes et originales ’ " À ses yeux, les collectivités pourraient aussi s’impliquer en interdisant les publicités pour l’alcool. " Si tout le monde se mobilise, l’État n’aura pas le choix et devra se mobiliser à son tour. L’alcool n’est pas une fatalité. Il y a seulement une insuffisance de volonté politique ".