mercredi 05 août 2020

Fakir : arrêtons de nous mentir

Aussi fulgurant que destructeur, Fakir s’est approché avec fourberie et a eu besoin de moins de trois heures pour causer l’irréparable et la désolation qui se chiffre à coups de millions. En nous laissant le jour suivant un ciel ensoleillé. Ultime et sinistre symbole de sa brutalité foudroyante.

Depuis, la polémique ne redescend pas sur notre système d’alerte en pointant du doigt la préfecture. Cible commode des élus qui ont toujours du mal à assumer leurs responsabilités en matière d’urbanisme anarchique ou le terrible poids de l’héritage laissé par leurs prédécesseurs. Avec toujours cette équation difficile à résoudre dont les éléments se nomment pression démographique, besoin de logements, développement économique et aménagement d’un territoire de plus en plus exigu.

Dans ces débats qui prennent le plus souvent la forme de bavardages radiophoniques agressifs, sans doute serait-il temps d’arrêter de croire qu’un système d’alerte, aussi pertinent soit-il, suffirait à nous protéger de tels dégâts. Ce fantasme moderne d’une société sans risque, surprotégée, nous pousse-t-il à croire que l’État et ses services sont en mesure de nous assurer une existence ouatée et dénuée des pires dangers. Surinformés, nous croyant tous capables de maîtriser tant de secteurs de notre existence grâce aux technologies et à la communication, nous n’acceptons plus l’imprévu, l’événement qui nous dépasse. S’agissant de Fakir, la réalité est que des alertes ont été lancées par la préfecture avec la fermeture des écoles, des messages pour éviter les déplacements, des vigilances vents forts et fortes pluies. Mais la tempête s’est déplacée à toute vitesse et s’est formée en un rien de temps en cette fin avril où, forcément, l’on reste un peu circonspect face à de tels phénomènes. Personne n’a deviné sa rapidité ni son intensité.

L’on peut légitimement comprendre la colère et la détresse des familles qui ont tout perdu dans leur case ou leurs champs, qui ont les pieds dans la boue ou qui ont eu très peur. Mais nos meilleurs ingénieurs en météo peuvent-ils déterminer à l’avance de tels aléas climatiques ’ Ce serait mentir que de le prétendre. Et manipuler l’opinion en cherchant à tout prix à désigner hâtivement des coupables.

Même si nos satellites deviennent plus précis, force est de constater que notre planète nous échappe. Depuis vingt ans, tous les indicateurs climatiques ont viré au rouge à l’échelle de la planète : hausse des températures, événements extrêmes, montée des eaux. En 2017, les catastrophes naturelles et les désastres ont fait plus de 11 000 morts ou portés disparus, et auraient coûté plus de 300 milliards de dollars. Et les assureurs s’attendent à un doublement de la facture d’ici 2040.

Ce qui signifie que La Réunion ne doit jamais oublier sa géographie, autrement dit, sa vulnérabilité aux cyclones tropicaux et autres tempêtes dans un monde au climat de plus en plus détraqué. Notre petit territoire risque de connaître de plus en plus de tempêtes aussi sinistres que Fakir. Arrêtons de vouloir croire qu’il est possible de prévoir l’imprévisible ou que nos technologies suffiront à repousser la force démesurée des éléments.