samedi 31 octobre 2020

MAS Franche Terre (Sainte-Suzanne) : deux cas critiques

Ces dernières semaines nous avons résumé le contenu d’une plainte adressée par le père d’un jeune homme, tétraplégique, résident à la Maison d’Accueil Spécialisé Franche Terre (Sainte-Suzanne), au directeur général de l’Agence régionale de santé de l’océan Indien (ARS-OI), François Maury. Il y était question de maltraitances sur personnes vulnérables, faits dont la responsabilité incombe tout particulièrement à MM. Nacer Djoudi et Bernard Faggion, directeur et directeur-adjoint, car, nous l’avons déjà souligné, ils ont été dûment informés et n’ont rien fait pour y mettre un terme. Par ailleurs, qui donc pourrait être "responsable" quand dans un établissement recevant et logeant des personnes vulnérables, souffrant de handicaps moteur ou sensoriels, on trouve normal de condamner une issue de secours en la bloquant avec des madriers, sous prétexte de saison cyclonique ? C’est dire le niveau d’incompétence ou d’irréalisme des personnes concernées.

Nous avons produit des photos qui rendaient cette faute grave ostentatoire… Ces beaux Messieurs continuent de plastronner du haut de leurs hautes fonctions, sans que la moindre sanction leur ait été infligée. En termes de sécurité élémentaire cela laisse sans voix. Au-delà, les faits dénoncés par l’un des résidents, tétraplégique, soutenu par son père, font apparaître un climat particulièrement lourd à l’endroit des pensionnaires. Non-respect du secret de la correspondance, non-respect de la dignité, changement d’une prescription médicale sans examen clinique ni consentement, refus de communiquer une ordonnance, non-respect de la confidentialité des problèmes de santé, négligences en termes de sécurité des personnes vulnérables (agressions sexuelles)… sans oublier la gamme des interdictions ou privations vexatoires qui semble pire qu’en détention. Comme toujours en tel cas, les lanceurs d’alerte sont stigmatisés. En interne d’aucuns dénoncent "les délires d’un handicapé malheureux et d’un père solidaire", on lui reproche son niveau de conscience et le fait qu’il s’exprime et pense parfaitement bien. Ses doléances sont gênantes… Dans une parfaite institution comme la Maison d’Accueil Spécialisé Franche Terre de Sainte-Suzanne, un tel tableau est insupportable. On comprend l’émoi de la direction, qui tente de se protéger en essayant de rassembler les salariés autour d’elle, à grands coups de com interne. Mais la situation n’est en rien impensable. Alma France, association qui anime un vaste réseau de centres départementaux à l’écoute de cas de violences ou d’abus envers les plus vulnérables, constate "un plus grand nombre de signalements au sein des institutions qu’à domicile".

Il est vrai qu’en institution, "ce sont le plus souvent les familles qui dénoncent, ou certains collègues"… En sus des diverses maltraitances possibles, Alma France souligne que "la violence sexuelle est également récurrente, aussi bien au domicile que dans les institutions, certains professionnels profitant de la vulnérabilité de leurs résidents…" Aucune tolérance n’est envisageable, car "beaucoup renoncent à se plaindre de peur, quand elles sont en famille, d’être envoyées en institution et, lorsqu’elles sont en institution, d’en être exclues." La chose est encore valable pour les salariés qui craignent de perdre leur emploi. Or donc, MM. Faggion et Djoudi, plutôt que de remédier aux problèmes qui leur ont été soumis, préfèrent opter pour un traitement administratif du fâcheux résident. Ils ont saisi la Commission des cas critiques de la Maison départementale des personnes handicapées dans l’espoir de refiler le dossier à la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), et se débarrasser ainsi du plaignant, en refermant hermétiquement la porte de la MAS Franche Terre de Sainte-Suzanne sur leurs petites affaires. C’est vrai quoi, si en plus les patients se plaignent, où va-t-on ? Ce serait le monde à l’envers ! Leur manœuvre s’est heurtée à la détermination de la famille du résident, lequel, confronté à la haute hiérarchie de l’ARS, a explicité la situation qu’il a constatée, réfuté être "un cas critique", demandé qu’on lui "foute la paix" et à simplement bénéficier de ses droits de citoyen, de patient, d’être humain. Rien d’incompatible avec les critères d’admission dans une Maison d’Accueil Spécialisé contrairement à ce que souhaiteraient les deux directeurs de la MAS.

Il semblerait en effet, que pour MM. Faggion et Djoudi, la pleine conscience soit un paramètre insupportable. Donc, de toute évidence, s’agissant de "cas critiques", il y a fort à penser que ces deux messieurs s’inscrivent pleinement dans la définition. La MAS et les salariés, pour la plupart, n’ont rien à se reprocher, quand ces deux cadres dirigeants doivent être placés devant leurs responsabilités et réorientés professionnellement. Car il est impossible de prendre le risque que le résident plaignant subisse quelque acte de représailles. Tout comme il serait impensable que l’on déplace une victime, pour que les autres continuent de subir en silence.

pleclaire@jir.fr