lundi 26 octobre 2020

Mayotte ressortie de l’oubli comme repoussoir

Les barrages levés, la situation insurrectionnelle terminée, Mayotte n’intéresse plus grand monde en métropole. C’en est donc fini des grandes indignations autour de « Mayotte oubliée de la France » dans les news magazine. Avec des trémolos dans les titres, des reportages dans la plus grande maternité d’Europe ou dans les bidonvilles de Kawéni. Désormais, Mayotte peut donc bien régler ses immenses problèmes toute seule. D’ailleurs, le préfet Sorain et sa petite équipe de technocrates ont bien été nommés pour ça.

L’île Hippocampe est redevenue un angle mort de la République. Sauf quand, opportunément, la situation critique du petit territoire peut servir de repoussoir ou d’exemple habilement servi pour la cause d’un discours échafaudés sur la peur plus que sur des arguments construits.

Dans sa quête éperdue pour reprendre des voix au parti des Le Pen père, fille et nièce, Laurent Wauquiez a organisé une convention, hier, au sein des Républicains sur le thème « Comment réduire l’immigration ’ ». Succès garanti au moment où la loi asile et immigration est débattue à l’Assemblée et où deux tiers des Français sont convaincus par cette question. Avec comme invitée surprise Mayotte. Comme si la situation de l’île pouvait être calquée sans difficulté aux enjeux de la métropole.

De façon trop commode ces derniers temps, l’exemple de la « submersion de l’île hippocampe par des milliers de clandestins venus des Comores » sert schématiquement de modèle pour expliquer ce que risque de devenir la métropole. Avec tous les raccourcis que cela suppose. Sans jamais expliciter les spécificités de l’histoire de l’archipel comorien ni les liens qui existent entre les populations des îles. Et encore moins leur destin forcément commun.

À grand coup de caricatures affligeantes, Mayotte, son tiers de clandestins, ses habitants qui se plaignent du difficile accès aux soins et à l’éducation, servent de loupe pour des prédictions hexagonales hasardeuses. Le coup idéal permettant à Laurent Wauquiez d’appuyer sa proposition d’en finir avec le droit du sol. Ce débat lancinant qui concerne Mayotte depuis une dizaine d’années a infiltré le reste du pays.

L’instrumentalisation du cas mahorais dans ce débat sur l’immigration est odieuse. Elle révèle la malhonnêteté intellectuelle de tous ceux qui l’utilisent. Jouer aux apprentis sorciers sur ce thème est dangereux. Les attaques terroristes en France, la crise migratoire en Europe, la question des frontières, la peur face aux montées des communautarismes sont des sujets brûlants qui nourrissent les scores des partis extrémistes. Il est donc inconscient, comme le fait Laurent Wauquiez en dénonçant sur un « chiffre record de titres » de séjour, d’alimenter tous les fantasmes.

En mélangeant sans scrupule tous les chiffres de l’immigration, les entrées illégales, la délinquance des étrangers, le droit du sol, l’accueil des migrants, le chef des Républicains hystérise un débat qui a besoin de recul, de sérieux, de clairvoyance et de décision courageuse. Impossible de se contenter de postures identitaires, de discours populistes. Comme il n’est pas concevable, de l’autre côté de l’échiquier politique, de continuer à fermer les yeux sur le sujet en ne s’inquiétant pas de la montée d’une profonde colère des électeurs dans tous les pays d’Europe, cristallisée sur ces questions d’immigration.