jeudi 13 août 2020

Drogues : La Réunion en a fini avec l’ancien monde

La Réunion protégée par ses frontières maritimes et aéroportuaires, La Réunion située à l’écart des grandes routes de la drogue, La Réunion et son terrible triptyque rhum-artane-zamal. Pendant longtemps, les études et les données chiffrées sur les stupéfiants dans notre île ont fonctionné avec le même paradigme. S’il n’est pas aujourd’hui dépassé, force est de constater qu’il a évolué.

Les fracas de l’actualité le prouvent. En deux jours, policiers et gendarmes ont mené dans le nord et le sud du département deux vastes coups de filet dans des enquêtes touchant à des trafics de drogue qui n’ont rien de péi. Deux enquêtes au long cours qui viennent confirmer que de nouvelles formes de délinquance et d’addiction ne cessent de gagner du terrain. Si le trafic de zamal se porte toujours bien, d’autres commerces illicites connaissent un très bel essor. Partout dans le monde occidental, le trafic de cocaïne explose. La Réunion n’est pas en reste. À titre d’exemple, les douaniers avaient saisi 145 grammes de cocaïne en 2015. Ce chiffre est passé à 172 gr en 2016 et 1,3 kg en 2017. On est évidemment loin de ressembler à certains territoires français où ce sont des kilos et des kilos de poudre qui sont interceptés par les forces de l’ordre.

Depuis un peu plus d’un an, notre petit territoire n’est plus épargné par les drogues de synthèse comme la drogue dite du Chamane ou "chimique". Les réseaux sociaux ont montré par l’image les ravages impressionnants causés par ce cannabis de synthèse fabriqué en Asie et qui transite par Madagascar et Mayotte. D’autres produits ont fait eux aussi leur apparition ces dernières années : ecstasy, MDMA, cristaux en tous genres venus d’Asie du sud-est où des labos clandestins tournent à plein régime. La Réunion n’est étrangement pas touchée par l’héroïne pourtant bien présente dans l’océan Indien et qui fait des dégâts aux Seychelles et à Maurice. Toutes ces saisies effectuées la plupart du temps dans des colis ou des plis postaux ne peuvent donner des indications précises sur l’ampleur de ces trafics. Elles fournissent des tendances lourdes. Davantage ouverte sur le monde grâce aux déplacements et aux flux commerciaux, La Réunion voit ses frontières devenir bien moins hermétiques. Autre certitude, il existe un "véritable marché" en extension pour ces drogues avec des produits, comme la cocaïne, qui ne sont plus seulement consommés par des représentants d’une classe sociale privilégiée, observe le procureur de Saint-Denis, Éric Tufféry. Des usagers qui préfèrent parler de "consommation festive" en gommant délibérément la dangereuse accoutumance liée à ces substances. À cette demande correspond forcément une offre. Le niveau de vie de notre territoire est proche de celui des pays d’Europe. Ce qui en fait un territoire atypique dans l’océan Indien. Et une cible pour les trafiquants qui cherchent à écouler leur poison et à vivre avec faste grâce à de l’argent facile. La Réunion en a fini avec "l’ancien monde" pour reprendre une expression à la mode, en étant davantage reliée aux marchés mondiaux de la drogue. Pour les autorités, le défi est énorme : préserver au maximum La Réunion de ces drogues dures en endiguant les trafics et protéger une population jeune et forcément à la recherche de sensations et de conduites à risque.