mardi 20 octobre 2020

Deux poids, deux mesures

Deux poids, deux mesures

Ils ont repris espoir. Les centaines de policiers originaires des Outre-mer souhaitant rejoindre leur département de naissance pourront aujourd’hui s’appuyer sur la loi de programmation relative à l’égalité réelle outre-mer pour faire respecter leurs centres d’intérêts mat els et moraux (CIMM). C’est officiel.

Le ministère de l’Intérieur vient de diffuser une circulaire ayant pour objet les mouvements de mutation des agents du corps d’encadrement et d’application de la police nationale qui prendra en compte des CIMM à partir de 2019. Pour la première fois, ils sont mentionnés sur un document du ministère de l’Intérieur D’ailleurs, un barème de points a été établi pour toutes les demandes de mutation.

A La Réunion, l’association GPX 974 s’est illustrée à de nombreuses reprises pour dénoncer d’interminables années d’attente dans les rangs des policiers pour obtenir le droit de rentrer dans son île. Les exemples ont fait la Une des journaux locaux décrivant des tranches de vie douloureuses : des familles écartelées, des cas de dépression sévères, des mutations refusées plusieurs fois alors que des non originaires obtenaient des postes, des injustices que les Réunionnais ayant sauté la mer depuis quelquefois plus de 10 ans n’acceptaient
plus.

Après plus de 8 ans de combat porté par l’association GPX Outremer, ces familles voient leur ciel se dégager. Les plus anciens espèrent pouvoir compter sur leurs doigts les mois avant de revenir au péi. Quant aux plus jeunes, cette reconnaissance des CIMM valeur permettre de se projeter dans leur avenir.

Une impérative transparence

Hier, le collectif des députés de 1a Réunion a adressé un courrier à Gérard Collomb saluant la grande avancée que constitue cette annonce mais demandant des précisions quant aux conditions d’éligibilité. Les élus réunionnais regrettent que les premiers mouvements tenant compte des intérêts matériels et moraux ne débutent pas dès septembre 2018.

Les députés ne sont pas totalement satisfaisants dénonçant une situation encore trop floue : les modalités de prise en considération des CIMM dans le traitement des demandes de mutation restent imprécises puisqu’elles ne fixent pas le nombre de points attribués au titre des CIMM.

S’il n’est pas assez conséquent, les Réunionnais pourraient encore voir certains de leurs collègues nés en Bretagne, dans les Hauts de France ou Parisiens d’origine goûter aux saveurs créoles sous les tropiques avant eux. Et éprouver de nouveau un sentiment d’inégalité.

Le ministère devra plancher pour assurer une totale transparence qui permettrait aux agents intéressés de faire valoir effectivement leurs droits.

Les gendarmes, l’autre combat

Un collectif de femmes de gendarmes s’est monté il y a quelques mois à La Réunion pour expliquer la situation particulière de leur conjoint.

Le règlement des retraites des gendarmes réunionnais prévoit une égalité de traitement entre l’originaire et le non-originaire sur le nombre d’années,11 ans, de service autorisé à La Réunion.

Passé ce délai, les militaires doivent repartir vers la métropole. L’injustice réside dans le calcul des années de retraite, doublées le temps du séjour pour les gendarmes de l’hexagone mais pas pour les Réunionnais.

Est-ce le même cas de figure quand la situation est inversée ? Pas du tout. Les Réunionnais ne cumulent pas le double d’années de retraite quand ils résident en métropole. Une inégalité de traitement qui engendre encore une source de frustration et de mécontentement chez les militaires réunionnais.

Alors pourquoi y a-t-il toujours deux poids, deux mesures entre policiers et gendarmes maintenant placés sous la même tutelle, celle du ministère de l’Intérieur ?

Les collectifs des députés réunionnais s’en sont étonnés auprès du ministre Gérard Collomb s’engageant dans un nouveau combat.

Bernadette LOUBIER