mardi 27 octobre 2020

Y’a qu’à y faut Philippot en visite

Les visites de responsables de partis à La Réunion ont tendance à se ressembler : en général, ces dirigeants posent le pied sur l’île avec peu d’idées dans leur mallette mais une sacrée dose de « solutions » toutes faites. Même si sa formation, Les Patriotes, est microscopique, Florian Philippot ne déroge pas à cette insipidité politique.

En visite à La Réunion, le parlementaire faisait un break hier à Mayotte. Là où, l’an passé, son ex-patronne, Marine Le Pen, en campagne présidentielle, avait prêché une parole sécuritaire et anti-immigration qui avait trouvé de fortes résonances dans la population.
Le discours bien rode du Front national avait fait mouche, personne ne s’embêtant de savoir si les « solutions » proposées pouvaient s’appliquer, ou non.

Avant de rejoindre l’île aux parfums, l’ex-bras droit de Marine Le Pen, parti avec fracas du FN, a montré qu’il n’entendait pas sortir des sentiers tout tracés, encore moins des facilités démagogiques. Ainsi du droit du sol à Mayotte. A la manière d’un autre as du marketing électoral, Laurent Wauquiez, Philippot, soucieux lui aussi d’asticoter ce vieux serpent de mer aurait pu citer mot à mot le président des Républicains : « Quand un enfant naît ici à Mayotte de deux parents clandestins, il ne doit pas pouvoir être français »,

L’hôpital se fout de la charité

Sans surprise, au micro de Réunion la 1ere, Philippot n’a pas hésité à procéder par affirmations sur ce même sujet. Il s’est déclaré favorable à la remise en cause du droit du sol à Mayotte, allongeant ainsi la liste de ces « responsables » séduits par cette idée gadget.

Au passage, l’hôpital n’hésitant pas à se moquer de la charité, le Patriote a moqué l’idée du gouvernement de conférer à la maternité mahoraise un statut d’extraterritorialité : en entrant dans l’établissement, véritable usine a accouchements, on ne serait plus en
France et les enfants nés entre ses murs ne seraient donc pas français. Tout en qualifiant ce projet d’extravagant », Florian Philippot n’a pas montré plus de réalisme.

A cette « absurdité juridique » qui a toutes les apparences d’une mesure anticonstitutionnelle, le petit-maître de la droite nationale « oublie » ses classiques du droit et quelques principes qu’il est bon de rappeler ici.

Bien avant lui, deux ministres de l’outre-mer avaient prêche contre le droit du sol à Mayotte. François Baroin puis Christian Estrosi pensaient (sérieusement ?) tenir la clé du problème.
Mais Mayotte était encore une collectivité. Aujourd’hui, c’est le 101‘ département français et ce statut change tout. Pour procéder à une telle réforme, il faut « juste » modifier la Constitution. L’ancien élève de l’École nationale d’administration aurait-il zappé cette
règle fondamentale ? Bien sûr que non, l’important étant de « faire de la politique ». Tant pis pour celles et ceux qui croient aux balivernes.

Autre chose ? Oui, l’article 73. Il prévoit que les lois applicables dans les départements et régions d’outre-mer peuvent faire l’objet « d’adaptations tenant aux caractéristiques et contraintes particulières de ces collectivités.

Voilà, au passage, un point qui fait débat a La Réunion, privée par l’amendement Virapoullé, de cette possibilité.

Mais la Constitution « ne paraît pas autoriser, en l’état, la mise en place de règles dérogatoires en matière de droit de la nationalité », avait déjà conclu en 2006 une commission d’enquête du Sénat. Les sénateurs seraient-ils dans l’erreur ? Ces mêmes parlementaires avaient rappelé un autre principe de droit : contrairement à ce qui est souvent énoncé, le droit du sol n’est pas absolu en France.

Naître un beau jour dans la maternité de Mayotte ne suffit pas pour faire un petit Français. La loi dit qu’un enfant mineur né en France de parents étrangers peut réclamer la nationalité française seulement à partir de 15 ans et à la condition qu’il y ait eu sa résidence habituelle pendant cinq ans, à partir de l’âge de 8 ans.

Convenons-en : expliqué ainsi, le droit du sol n’a pas le même pouvoir répulsif auprès des populations légitimement exaspérées par les effets d’une immigration sans contrôle.

Thierry DURIGNEUX