mercredi 12 août 2020

Macron, le grand couturier

Est-ce par calcul ou ne fait-il que suivre sa nature ? Partout où il passe, le président de la République fait dans l’inédit, au prix parfois de quelques provocations.
Lundi soir, Emmanuel Macron répondait à une invitation de la Conférence des évêques de France (CEF), le gratin des forces vives du catholicisme français, une nomenklatura de 400 personnalités.

Devant ce parterre huppe ou les évêques apparaissent [en costume anthracite, le chef de l‘Etat a prononcé cette phrase clé dont le raccourci fait par beaucoup pourrait fausser le jugement : « Nous partageons confusément le sentiment que le lien entre l‘Eglise
et l’Etat s’est abîmé et qu’il importe à vous comme à moi de le réparer ». Ce verbatim montre que le sujet traité par le président de la République est bien celui du dialogue, seul moyen pour rétablir cette relation.

Dialogue « indispensable », a-t-il développé car « une Église prétendant se désintéresser des questions temporelles n’irait pas au bout de sa vocation » tandis qu’ « un président de la République prétendant se désintéresser de l’Église et des catholiques manquerait a son devoir ».

Même si l’élu suprême est garant de l’unité nationale, l’inédit est là, dans cet appel présidentiel à ne pas laisser « l’étoffe même de la nation se déchirer » et « laisser s’éroder la confiance des catholiques à l’égard de la politique ».

« En plein délire métaphysique »

Emmanuel Macron savait que ces quelques phrases, au milieu d’un discours-fleuve, allaient rassurer les catholiques (même si les lois bioéthiques en préparation ne manqueront pas de les heurter), et d’inquiéter les fervents défenseurs de la laïcité. Ça n’a pas raté. « La laïcité, c’est la France, et elle n’a qu’un seul fondement : La loi de 1905, celle de la séparation des Églises et de l’Etat », a déclaré Manuel Valls qui fut le Premier ministre d’un Macron alors à l’économie. Bien sûr, Jean-Luc Mélenchon a forcé les décibels en critiquant « Macron en plein délire métaphysique ».

Au milieu de ce tintamarre, c’est le même dialogue de sourds qui n’en finit pas de se revivifier. Gueuler plus fort que d’autres ne signifie pas qu’on a raison. La raison, justement, trouvera—t—elle un jour sa place dans une France qui ne parvient pas à distinguer liberté de culte et neutralité de l’Etat. Ou bien les jusqu’au-boutistes de la laïcité préfèrent-ils un dirigeant politique invoquer les racines chrétiennes de la France pour mieux la fermer aux étrangers et à leurs religions ?

Manuel Valls, qui fut ministre de l’Intérieur et par conséquent ministre des cultes (si, si, ça existe officiellement clans tous les gouvernements français) sait mieux que quiconque que la laïcité, est le principe de séparation dans l‘Etat de la société civile et de la société religieuse. Mais qu’elle est aussi celui de l’impartialité et de la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses. Ces valeurs ne nous semblent pas si difficiles à comprendre !

En vertu de quoi cependant, on attend d’Emmanuel Macron qu’il reprise aussi bien les liens de « l’islam de France », du judaïsme à la française sans oublier ceux des protestants, des
hindouistes (pardon pour les autres), avec l’Etat qui est bien l‘émanation de la société.

Sans oublier d’appeler au respect absolu de ceux qui n’ont ni foi ni croyance ni religion.

Le « grand couturier » a encore du métier sur l’ouvrage.

Thierry DURIGNEUX