dimanche 25 octobre 2020

Sous les pavés, un hôpital malade

Ce mardi 10 avril est bien le jour où l’on plante des arbres, journée dédiée oblige. C’est aussi le temps pour les syndicats de semer les graines de La contestation sociale.

Même si, à La Réunion, on est loin des élans « soixante-huitards » constatés l’Hexagone, et encore plus éloigné d’un quelconque grand soir, les conflits du travail se multiplient dans des secteurs et pour des motifs divers.

A la BNP, où la grève continue, les différences de traitement constatées entre banquiers réunionnais et leurs homologues antillais, ça ne passe pas.

A la Possession, la grève s’installe. S’il est vrai qu’on en est à la sixième depuis le début du mandat de Vanessa Miranville, la tension est palpable au milieu d’un dialogue de sourds, entre la violence syndicale dénoncée par la maire et les inquiétudes récurrentes d’agents qui semblent à bout.

Il n’empêche que dans un cas comme dans l’autre, des salariés se dressent contre leurs patrons, réclament leur dû ou des changements notables dans le management.

On a gardé le plus important, le plus significatif pour la fin. Tandis que ]ean-Luc Mélenchon rêve d’une mobilisation populaire dont la force balaierait le gouvernement Macron, ]ean-Hugues Ratenon, non moins Insoumis, est présent partout où ça gronde.

Surtout auprès des salariés du CHU Sud, aux côtés de la CFTC Santé-Sociaux.

Une amputation qui ne passe pas

Il ne s’agit pas seulement de défendre l’emploi mais, comme le soutient le député avec certains de ses collègues parlementaires, de défendre les moyens de soigner les gens ici, a La Réunion, et singulièrement les enfants : l’amputation programmée du service de chirurgie infantile à Saint-Pierre, assortie d’un transfert dans le Nord, coalise professionnels de santé, population et élus.

« Vivement mai 68 ! » s’impatiente Mélenchon qui voudrait « destituer les destitueurs ».

Ratenon, lui, répète que si le président du conseil de surveillance du Centre hospitalier universitaire « ne fait pas respecter ses décisions (un sursis de quatre mois pour le service
concerné), alors il doit démissionner » : ce n’est pas demain la veille si l’on se réfère au refus opposé par Jean-Paul Virapoullé à Jean-Hugues Ratenon de débattre de cette réorganisation.

Car le premier voit sans doute dans cette contraction du service infantile saint-pierrois une décision de bonne gestion dans une situation de grand malaise économique pour le CHU.
Le second va répétant qu’« on ne joue pas avec la sante ».Ni avec le service public, pourrait-il ajouter.

Le cœur nucléaire de la confrontation relève sans aucun doute de visions antagonistes de ce service public dont l’avenir, voire la survie, est l’enjeu dessous les pavés, un hôpital malade multiples formes de protestation qui perturbent aujourd’hui la France, et pas seulement celle des transports ferroviaires.

Dans le cas de Saint-Pierre, ce sont bien les menaces sur l’ancrage d’un service au public dans un territoire bien précis qui inquiètent ou indignent. Cette fameuse proximité violemment contrariée par ces lits qu’on déplace du Sud vers Saint-Denis, est l’un des moteurs de la mobilisation multiformes à laquelle on assiste.

Difficile de ne pas faire le rapprochement avec ces manifestations qui, régulièrement, signalent, en métropole, une fermeture d’hôpital ou celle d’une maternité, faisant un peu plus progresser le désert médical tandis qu’élus locaux, population et personnels se regroupent sous la bannière du service public de proximité, que des budgets de plus en plus resserrés abandonnent.

Sous les pavés reconstitués d’un Mai 68 quelque peu idéalisé, c’est bien deux
visions de la société qui s’affrontent.

Thierry DURIGNEUX