lundi 28 septembre 2020

Un cran de trop

L’utilisation de la violence a fini par gâcher un discours plein de sens et redorer le blason de victimes endossé par les gérants des restaurants du lagon de l’Hermitage, depuis que la justice leur a interdit l’occupation de la plage.

Hier, la manifestation lancée par le collectif de défense du domaine maritime et suivie par le
Ie collectif Union Rényoné responsab, s’est soldée par la détérioration des restaurants. Chaises et pots de fleurs cassés, clôtures arrachées, tables renversées, toitures endommagées devant des forces de l’ordre très observatrices et quelques curieux.

Pourquoi Karl Bellon, porte-parole du collectif de défense avait-il appelé à un nouveau rassemblement ? Pour protester contre la non-application de la décision du tribunal administratif le 16 mars dernier qui suspend les autorisations d’occupation temporaires (AOT) du domaine public délivrées aux six établissements de plage à l’Hermitage.

« Depuis le vendredi 16 mars 2018, nous ne sommes pas intervenus pour laisser le temps judiciaire et administratif se mettre en place afin que la loi soit respectée sur le domaine public maritime (DPM). Le juge a statué et rien ne bouge », note-t-il dans son courrier adressé au préfet et au maire de Saint-Paul et annonçant une nouvelle mobilisation.

Pourquoi ne pas déloger les restaurateurs ? Et déjà obliger les gérants à cesser le service ?

Une inégalité de traitement

La loi est stricte : les établissements de plages doivent correspondre à des structures démontables et peuvent seulement offrir de la restauration rapide. Pas de tartare de thon, de plats cuisinés à la plancha et de brunch péi le dimanche matin. Pas de buffet de carri péi ou de wok à volonté précédés de punchs colorés et de cocktails qui ravissent les papilles des touristes.

Tous ces détails repris par le collectif de défense du DPM ont convaincu le juge du tribunal administratif. Ces restaurateurs sont hors la loi. Pensez à la victoire que les frondeurs savouraient déjà. Aujourd’hui, ils s’estiment victimes d’une inégalité de traitement.
Pourquoi les pelleteuses s’attaquent régulièrement aux cases construites sans autorisation dans les Hauts de la Réunion sur ordre de la justice quand les autorités laissent en paix les gérants des paillotes ? Sont-ils au-dessus des lois ? Sont-ils soutenus — en souterrain par le pouvoir politique ?
Après ces actes de violences, le préfet Amaury de Saint-Quentin, le maire de Saint-Paul, Joseph Sinimalé, n’ont pas manqué de communiquer leur désapprobation regrettant les débordements.
Le représentant de l’Etat a promis des poursuites pour les casseurs. Et a appelé aux responsabilités de chacun et à un peu de civisme.

La patate chaude

Pour autant le préfet ne revient pas sur la situation d’occupation illégale des établissements. Car l’ordonnance du tribunal administratif, quel que soit son caractère exécutoire ne suffit pas. Elle doit être accompagnée d’un acte administratif, arrêté municipal d’expulsion ou arrêté préfectoral de fermeture administrative.

Le maire de Saint-Paul, pourtant gestionnaire du domaine public maritime, préfère enfoncer le clou. Il demande à l’État de remplir sa mission et de « faire constater à travers une contravention de grande voirie l’occupation devenue illicite ». Il se dit incompétent en la matière « au regard de la loi et compte tenu aussi des termes de la convention qui la lie avec l’État ». Il se dégage ainsi de toute responsabilité et se débarrasse du problème.

Reste que rien n’a avancé et le jugement au fond de l’affaire des paillotes n’est programmé que dans plusieurs mois. Qu’une grande partie de la population réunionnaise constate « une
justice à plusieurs vitesses » et se demande pourquoi elle a arrêté de camper sur la plage par exemple obéissant aux autorités pendant que d’autres poursuivent leurs activités voire même rajoutent des installations sur la plage des transats dernier cri a un prix prohibitif — qui excluent les familles les plus modestes de s’installer au plus près de l’océan.

La plage est à tous. Respekt a nou ! Il est temps que les autorités réunissent gérants de restaurants et porte-parole des collectifs autour d’une table pour trouver un terrain d’entente avant qu’un cran supplémentaire ne soit franchi.

Bernadette LOUBIER