mercredi 21 octobre 2020

Les rentiers de la politique pas stressés

La Vie politique actuelle présente un léger paradoxe, au moins un : on n’a jamais vu autant de responsables politiques, anciens ministres et dirigeants de formations politiques quitter la politique et enfiler des chaussons plus confortables dans le privé. Certains, en pantouflant de la sorte, reviennent sans remords regrets, sans fleur ni couronne, à leurs premières amours. Sauve qui peut !

Cécile Duflot, vient de quitter le navire. Avant elle, les Cohn-Bendit, Filipetti, Montebourg, Bachelot, Mandon, Cazeneuve, Fillon, Pellerin (Fleur), Apparu... Tous défaits, lassés ou désireux de passer à autre chose dans le privé.

Et, en parallèle, à quoi assiste-t-on ? À la mise en œuvre de mesures destinées à limiter les cumuls, entre deux mandats ou dans le temps, pour faciliter le renouvellement de la population d’élus, déconcentrer les sinécures électives pour qu’un plus grand nombre
d’aspirants aux responsabilités en profite. En complément à ce premier objectif, essentiel, les nouvelles règles tenteraient de redonner des couleurs a La participation des citoyens aux scrutins en second objectif : on se glisserait plus facilement dans l’isoloir pour choisir des tétes nouvelles.

Les vocations ayant tendance à se faner de plus en plus rapidement, selon une loi invisible d’obsolescence programmée de la vie politique, contrairement aux parcours extraordinairement longs connus sous les 4ème et 5ème Républiques, l’État tente de remettre un peu d’électricité dans des tuyaux quelque peu sclérosés, mu par la volonté de casser les petites baronnies locales.

Tout cela n’ira pas très loin.

Comme toujours, les bémols pleuvent sur ces partitions parfaites en apparence. Il suffit de lire le dossier que Le Quotidien consacre, en page 4 et 5, aux incidences du projet de loi de réforme institutionnelle à La Réunion pour se persuader que tout cela n’ira pas très loin. Évidemment, la réforme n’est pas la révolution ! Si l’on applique
la mécanique de la loi en discussion, quatre maires titulaires de trois mandats successifs seraient concernés : Michel Fontaine, Patrick Lebreton, ]ean-Claude Lacouture, Daniel Gonthier.

D’autres échappent à cette guillotine institutionnelle, pour l’heure virtuelle, en raison de la taille de leur commune : Bachil Valy, Paul Técher, Stéphane
Fouassin.

Et chez les parlementaires ? Seule Huguette Bello serait concernée puisqu’elle exerce son cinquième mandat consécutif.

Aujourd’hui au Sénat, 12 sénateurs ont déjà exercé trois mandats ou plus, soit 5%. À l’assemblée nationale, ils sont 51, ce qui représente 9% de l’hémicycle. Si elle était appliquée demain, la réforme ne concernerait donc qu’une minorité. Ajoutons qu’il faudra aussi savoir si la mesure adoptée s’appliquera aux mandats en cours. Une application rétroactive risque d’être anticonstitutionnelle.

Donc, si la nouvelle règle sur les cumuls de mandats dans le temps, pas plus de trois successifs, ne s’applique qu’à partir des prochaines élections, elle n’entrera en vigueur que dans 15 ou 20 ans, ce qui en réduira fortement la portée réelle. Cette question a été renvoyée « au débat parlementaire », a indiqué une source gouvernementale.

Autant dire que la fin des petites rentes politiques n’est pas pour demain.

Les « dinosaures » de la politique locale désignés ainsi par un jeune loup comme Didier Robert, n’ont guère de souci a se faire. Ce n’est pas demain que la réglé viendra mettre un terme a de si belles carrières.

À moins qu’entre-temps, les électeurs en décident autrement.

Thierry DURIGNEUX