mercredi 12 août 2020

La nécessaire détox de l’info

À la rédaction du Quotidien, on aime beaucoup cette photo de Chirac, alors fringant maire de Paris, sautant par-dessus le tourniquet d’entrée à une station de métro. L’image iconoclaste de ce personnage public a fait le tour du monde. On peut la détailler tant qu’on veut en pages 10 et 11 de cette édition. Les lecteurs intéresses pourront aussi découvrir la séquence complète réalisée, en ce 5 décembre 1980, par Jean-Claude Delmas, alors photographe de l’AFP, Réunionnais d’adoption depuis de nombreuses années.

L’histoire de ce cliché, presque aussi connu que le fameux Baiser volé de l’hôtel de ville de Paris (on y revient) n’est pas aussi riche que l’emblématique cliché de Robert Doisneau. Mais il interroge peut-être plus encore sur une question importante, qui est le thème, pour la deuxième année consécutive, de la Semaine de la presse à l’école : « D’où vient l’info ? »

En France, Le Nouvel Observateur avait utilisé la photo de Delmas d’un Chirac sautillant et fraudeur pour illustrer, en première de couverture, un dossier sur « La France qui triche ». Quand on connaît la genèse du document, les circonstances de la prise de vues, La fraude n’a pas sa place dans l’image et sa signification.

A vrai dire, la photo illustre plutôt un énarque qui n’a jamais pris le métro et ne sait pas faire fonctionner la barrière. Jacques Chirac avait introduit son ticket mais ne savait pas qu’il fallait le retirer pour que s’ouvre le sésame...
N’est pas « proche » du peuple qui veut !

"La France qui triche"

La démonstration est ainsi faite que la connaissance de l’origine d’une information est primordiale. Sans un minimum d’attention à ses sources, on risque de tomber dans tous les panneaux possibles. De là à prétendre qu’on nage dans la facilité à tenter de décrypter l’information…

On revient ainsi à la question lancinante citée plus haut. D’où vient l’info s’apparente de plus en plus à un impératif plutôt qu’a une simple question.
Les gens ne sont-ils pas trompés au moins autant par des montages photos ou des clichés sortis de leur contexte que par les vannes plus ou moins piégeuses qui circulent sur les réseaux sociaux ?

A présent, la détox de l’information est devenue un métier. Plus une radio ou une télé sérieuses, plus un journal national bien équipé qui n’aient leur émission ou leur rubrique anti-fake news. Certains ont baptisé leur méthode du doux nom de « véritale ». Elle désigne en fait une évaluation de la véracité et de la fiabilité d’une information nécessaire pour s’en faire une opinion.

On est bien d’accord toutefois qu’on ne va pas mener l’enquête à chaque occasion. Faisons confiance aux journalistes, de plume ou d’images.

A ce propos, les jeunes de plusieurs collèges et lycées de La Réunion ont bien de la chance de recevoir le photographe Lam Duc Hien.

En partenariat avec l’association Solidarités et Cultures, le professionnel franco-laotien de l’image, membre de l’agence VU, lauréat, entre autres distinctions,du Prix Leica, du Grand Prix Européen de la Ville de Vevey, de la Bourse Villa Médicis hors les murs, ou encore de la Bourse de la fondation ]ean-Luc Lagardère, est notamment célèbre pour ses portraits « Gens d’Irak » récompensés du prestigieux Word Press Photo.

Voilà un témoin de notre temps, de notre monde, un exilé du Laos, retenu durant deux ans dans un camp de réfugiés, titulaire de deux évasions avant d’arriver en France en 1977 ou il se découvre une vraie soif d’apprendre et une curiosité sans limite.

Lam Duc Hién est ainsi devenu le symbole d’un travail photographique engagé à travers la planète. En Roumanie, en Russie, en Bosnie, en Tchétchénie, au Rwanda, au Sud Soudan, et surtout en Irak, ses souliers ont foulé les terrains les plus hostiles, les plus durs humainement. Son œil et son appareil gravent dans nos esprits les conséquences des conflits majeurs de la fin du XX‘ et du début du XXI‘ sur les populations civiles.

« D’où vient l’info ? » : lui peut le dire sans risque de nous intoxiquer. ..

Thierry DURIGNEUX