mercredi 12 août 2020

Thierry Robert et ses problèmes de cases

En ce 1er avril, Thierry Robert s’est amusé à faire croire qu’il allait quitter la politique le jour de ses 41 ans, tout en imaginant la félicité « de tous ceux qui me détestent ». Avant, un jour plus tard, de révéler le poisson d’avril en se disant « plus déterminé que jamais à contribuer à faire avancer la Réunion ». Drôle d’exercice révélateur à la fois d’un égocentrisme forcené et d’un sentiment de persécution récurrent. Posture déjà vue et entendue.

Sans doute, le député de Saint-Leu puisera-t-il dans le même registre en apprenant, furieux, que le parquet de Paris a ouvert une nouvelle enquête pour omission ou sous évaluation d’une partie de son patrimoine lors de sa déclaration à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) correspondant à la fin de son mandat en juin dernier à l’Assemblée nationale (lire en page 4).

Déjà épinglé par l’autorité indépendante en 2014, Thierry Robert avait voué aux gémonies Jean-Louis Nadal, président de la HATVP, en l’accusant plus ou moins de participer à un complot et d’avoir pris une « délibération diffamatoire de nature à constituer une dénonciation calomnieuse ». Rien que ça.

L’enquête pénale qui a suivi a finalement été classée sans suite au début de l’année. De quoi renforcer la colère de Thierry Robert qui n’a pas hésité à annoncer qu’il songeait à attaquer la HATVP. Autorité coupable de l’avoir « jeté en pâture » et de l’avoir « sali ». Celle qui a osé pour la seconde fois épingler le député.

Après ces déclarations agressives contre une autorité qui a pour mission de contrôler la vie démocratique, le député a bonne mine. En premier lieu parce que le parquet de Paris, qui a classé une première enquête, n’a pas hésité à en ouvrir une seconde. Sûrement pas pour faire plaisir à la HATVP.

Thierry Robert, qui a toujours mis en avant « la complexité de son patrimoine », les difficultés à comprendre la réglementation liée à ces déclarations obligatoires pourrait-il convaincre une seconde fois magistrats du parquet et enquêteurs qu’il a seulement fait preuve d’une certaine ingénuité ’ Homme d’affaires, promoteur immobilier, il est entouré d’experts-comptables et de juristes. Qui auraient dû se pencher plus sérieusement sur cette nouvelle déclaration de patrimoine, aujourd’hui suspecte de ne pas refléter l’étendue réelle de ses biens, immeubles, appartements maisons et autres. L’élu de la République va devoir fournir d’autres explications que celles consistant à se plaindre de la HATVP coupable de ne pas lui avoir fourni une assistance personnalisée. Comme si c’était son rôle !

Sur cette nouvelle enquête, Thierry Robert ne pourra pas se limiter à des déclarations à l’emporte-pièce. Au moment où la HATVP a annoncé qu’elle avait une nouvelle fois saisi le parquet, le député avait déclaré, plein de morgue : « ce sont les mêmes résultats qui sont donc attendus ». Sans préjuger des suites de la procédure, difficile de croire que le parquet de Paris a désigné une seconde fois les policiers de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales et les gendarmes de la section de recherches juste pour constater que Thierry Robert n’a pas fait figurer les bons montants de son patrimoine dans « les bonnes cases » de la déclaration.