lundi 26 octobre 2020

Mon pomp vélo ou sa i lé ?

Il faut savoir rire d’à peu près tout, alors pourquoi pas ce titre mythique du groupe Kanel pour parler transport, déplacement, batkaré, appelez ça comme vous voulez ’ Ou alors le fameux "Séga le train" de Tropicadéro dont usait avec malice feue la DDE en guise de musique d’attente sur son standard téléphonique ’ Àa disait à peu près ça : "Pou sort Sindni, alé sinpyir, kas pa la têt, pran somin d’fèr".

Vingt ou trente ans plus tard, le vélo, le train et même le car ont toujours une sale mine face à la reine voiture, mère de notre confort et de nos soucis.

En ce sens, l’enquête pilotée par le Syndicat mixte du transport de La Réunion ne saurait être contestée. Elle se garde bien d’apporter quelque avis sur la situation, mais les chiffres compilés suffisent à comprendre : quand les bus (Car Jaune et autres) ne comptent que pour 5% des déplacements, alors même qu’un effort colossal a été fait pour les rendre désirables, l’échec est patent. Sur les 2,5 millions de déplacements réalisés chaque jour à La Réunion, les deux tiers (donc dans les 1,6 million) sont réalisés en voiture. C’est énorme, et ça risque d’être encore pire car nous sommes encore en deçà du taux d’équipement automobile moyen national.

Bref, qu’est-ce qui est jaune et qui attend ’ Le car, évidemment. Il attend des passagers mais surtout des voies dégagées, en site propre. Des voies rien que pour lui. Sans elles, point de salut à espérer.

Ne faisons porter le chapeau à personne, ni au Conseil général d’avant, ni à la Région aujourd’hui qui a hérité de cette lourde compétence. Mais constatons que tout est lent. Sans refaire d’antiques débats, le tram-train posait une vraie question de société, que l’électeur a tranchée, c’est son rôle, en faisant mine d’oublier cette incise essentielle dans le discours du candidat Didier Robert, devenu président comme on sait : "Je suis contre le tram-train SOUS CETTE FORME".

Ce "sous cette forme" sous-tend toute la politique des déplacements actuels et à venir. Dans son projet de Trans Eco Express, la Région s’efforce de réaliser les acquisitions foncières indispensables. Et forcément, c’est lent. Elle a même choisi le rail à l’entrée Est de Saint-Denis. Là encore, il faut le temps de la mise en œuvre. Et il est prévu dans la construction de la NRL des voies propres pour les transports en commun, qu’ils soient sur roue ou sur rail.

Mais le problème, c’est l’époque. Et l’un des résultats de cette enquête sur les déplacements des Réunionnais laisse craindre que rien ne sera simple : ici plus qu’ailleurs, le réflexe "permis de conduire" se prend massivement très vite, dès 18 ans. Depuis trois ou quatre générations, vivre sans voiture est de l’ordre de l’impensable, pour ne pas dire de l’inacceptable. La preuve, ceux qui prennent le bus le font très majoritairement par défaut, parce qu’ils n’ont pas le choix. Alors il faudra des trésors de marketing, de tarification, de campagnes promotionnelles pour défaire l’étiquette collée ici sur les transports en commun : un truc ringard fait pour les plus pauvres. Coincés dans nos embouteillages, on veut bien y croire quand même !

Qu’est-ce qui est jaune et qui attend ’ Le car, évidemment. Il attend des passagers mais surtout des voies dégagées, en site propre.