dimanche 25 octobre 2020

Winnie, icône controversée

Qui était Nomzamo Winifred Zanyiwe Madikizela-Mandela, dite Winnie Mandela, décédée le 2 avril ? La disparition de Mama Winnie, autrement appelée mère de la nation arc-en-ciel, a fait tomber sur l’Afrique du Sud une pluie d’hommages exprimés dans le monde entier.

L’ex-épouse de Nelson Mandela, qui l’aura soutenu toute sa vie, était devenue l’icône de la lutte contre l’apartheid : système instituant en 1948 la ségrégation raciale pour conforter la domination des blancs sur les noirs, en Afrique du Sud. Il ne prit fin qu’en 1991 sous l’impulsion d’un président sud-africain. Un blanc, Frederik De Klerk. Son successeur ne sera autre que Nelson Mandela, premier président noir en 1994.

Hier encore, une partie de La Réunion marquait un immense respect pour la veuve de Mandela. Le Cran Réunion, conseil représentatif des associations noires, sous la plume d’Erick Murin, a fait fort dans l’éloge sans nuance d’ « une guerrière sud-africaine » qui « reposera éternellement auprès des grands guerriers et guerrières qui ont consacré leur existence à lutter contre l’injustice des blancs, le racisme des blancs, la domination des blancs, et cela même en terre africaine ».

Tous les blancs, donc, dans le même paquet de linge sale. C’est faire peu de cas, voire aucun, de la volonté de blancs réformateurs, certainement sincères dans l’affirmation de la nécessité d’un changement en profondeur dans la politique sud-africaine,sensibles également aux pressions internationales et à la lutte anti-apartheid, qui ont contribué à l’abolition des lois raciales et racistes au début des années quatre-vingt-dix.

Une belle application à saccager son glorieux passé

Les femmes communistes de La Réunion ne mégotent pas non plus. Leur admiration et leur reconnaissance envers cette « femme, mère de famille, militante, Winnie, icône controversée figure de proue de la lutte anti-apartheid sont sans réserve. On ne transige pas avec « le symbole de toute une nation ». Mais elles, au moins, reconnaissent « quelques outrances et débordements » même s’ils ne doivent pas effacer une vie largement consacrée au combat pour les droits des noirs. Winnie Mandela a connu plusieurs fois la prison. Sa détermination n’a jamais failli.

Mais... il y a un << mais >>. << Son combat, son courage et sa dévotion sont ce que le monde entier retiendra d’elle », tranchent les femmes communistes de La Réunion. On aimerait que ce soit le cas. Car comment ne pas songer, aussi, à une seconde période de sa vie où, ministre de son mari président, l’héroine des townships, les banlieues noires de ]ohannesburg semble vouloir, avec une grande application, saccager son glorieux passé de militante sur l’autel du pouvoir sans partage, de l’argent facile, des infidélités à répétition. Winnie est même rattrapée par la justice de son pays, par deux fois, d’abord pour vol puis pour complicité de meurtre.

A cette époque, dans les années quatre-vingt, Winnie a formé sa milice, adepte des méthodes les plus brutales. Un jeune noir de 16 ans, soupçonné d’être une balance payée par le régime de l’apartheid, est torturé à mort.

Dans les deux cas, de fortes amendes lui évitent le cachot. A l’heure du procès de divorce, C’est le grand déballage de Pintimité de ce couple pourtant mythique, comme ces 600 000 euros de l’époque, destinés à embellir la villa de Madame et à payer ses cautions judiciaires.

]e sais, la révolution ne peut éviter le sang. Le combat pour la justice s’accompagne d’injustices, la fin justifie les moyens, etc. Une vie de luttes ne peut décidément être lisse. Faut-il pour autant, à l’heure d’écrire l’épopée d’un tel personnage, en gommer les aspérités et effacer à tout prix les contradictions et les dérapages ?

Le pouvoir corrompt, paraît-il. Mais le pouvoir doit aussi arrêter le pouvoir comme l’écrivait Montesquieu dans L’Esprit des Lois : << Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites... » Toute femme aussi, peut-on ajouter.

Thierry DURIGNEUX