mardi 27 octobre 2020

Maison d’Accueil Spécialisé Franche Terre : vol au-dessus d’un nid de coucous

Le père d’un jeune homme, tétraplégique, résident à la Maison d’Accueil Spécialisé Franche Terre (Sainte-Anne), a écrit au directeur général de l’Agence régionale de santé de l’océan Indien (ARS-OI), François Maury, pour lui signaler très officiellement un faisceau de faits de maltraitance sur personnes vulnérables émanant de l’encadrement et de certains personnels de cet établissement.

Des faits dont l’accumulation dans la durée, alliée à nombres de dysfonctionnements, constitue un terrain aggravant, car ils ont été à de nombreuses reprises dûment dénoncés et signalés à la direction de l’établissement, dont MM. Nacer Djoudi et Bernard Fagion, respectivement directeur et directeur-adjoint.

Loin de susciter les réactions attendues ces signalements ont produit, pour ainsi dire, l’effet inverse, à en croire le jeune homme et son père, documents et correspondances à l’appui.

Quand on est tétraplégique, la vie est compliquée par la dépendance à un environnement, à un accompagnement quasi-permanent, que seuls peuvent prodiguer des centres adaptés tels que les maisons d’accueil spécialisé. Dans ce contexte de vie collective, quand on est privé de sa liberté de mouvement, que la moindre action implique réflexion et organisation, la qualité de vie, au-delà d’une approche strictement clinique, dépend d’une infinité de petits moments, attentions, privilèges qui rendent supportable ce qui pour le plus grand nombre serait invivable.

Il faut disposer d’une force de caractère peu commune, quand on dispose de ses pleines et entières conscience et lucidité, pour surmonter les handicaps et les contraintes qu’ils imposent au quotidien. De fait, quand l’environnement, les habitudes ou les traitements du jeune homme plaignant sont perturbés, que l’on rogne arbitrairement sur ses menus plaisirs, qu’on lui témoigne par indifférence une certaine forme de mépris, voire de l’agressivité, cela tourne à de la maltraitance.

La gamme des faits dénoncés recouvre un large spectre. De l’atteinte au secret de la correspondance aux violences psychologiques et verbales, en passant par les vexations gratuites, le non-respect de la confidentialité des problèmes de santé, les atteintes à la dignité, sans oublier le changement irrégulier de prescriptions médicales ! A cette litanie peu honorable, il faut ajouter l’entretien d’un climat constant de défiance et de crainte, avec le choix de taire les comportements présumés dangereux de certains patients valides mais violents, notamment en matière sexuelle.

Errements qui en ont suscité d’autres dramatiquement irresponsables, tels que la réclusion nocturne des résidents féminins au mépris de leur sécurité, ou encore la condamnation d’une issue de secours à l’aide de madriers. On sait ce qu’il advient des patients reclus dans leurs chambres verrouillées en cas d’incendie ! Surtout quand ces pauvres gens sont en situation de totale vulnérabilité, soit physique, soit intellectuelle. Les faits que nous relaterons prochainement de façon plus détaillée ont été portés à la connaissance des responsables de l’Association Saint-François d’Assises (AFSA) et de la Maison d’Accueil Spécialisé (MAS), qui, non content de ne point alerter l’ARS comme le prévoit la procédure obligatoire de signalement, les ont tus, allant jusqu’à proscrire de la vie sociale de l’établissement la victime et sa famille.

Le comble de l’ignominie étant atteint, lorsque le malheureux jeune homme, tétraplégique à son corps défendant, fut accusé par une art-thérapeute, de se faire masturber par une aide médico-psychologique (AMP), lors de sa toilette ! Nonobstant le caractère absurde de l’incrimination compte tenu de l’état du patient qui la rend impossible, les faits qui lui furent imputés se répandirent dans tout l’établissement, faisant scandale dans les rangs des aides médico-psychologique, au mépris de la dignité du jeune homme, du respect de son intimité et de sa vie privée.

Le pire étant qu’en fin de compte, la direction de l’établissement disculpa la délatrice en reniant l’existence de la dénonciation et l’on est allé jusqu’à nier la présence de l’aide médico-psychologique mise en cause en rejetant la faute supposée sur une "autre" AMP qui aurait, depuis, quitté l’Association Saint-François d’Assises ! Tous les tétraplégiques ne sont pas "intouchables".

A suivre...