dimanche 05 juillet 2020

Le plus tôt sera le mieux, M. le Président

Malin, Macron. En matière d’éducation, il vient encore de marquer un point à peu de frais en abaissant à 3 ans l’âge obligatoire de lx"instruction publique. C’est ainsi qu’on appelait l’école, du temps de Jules Ferry, celui qui, en 1882, avait fixé l’âge obligatoire à 6 ans. Plutôt que d’aller à la mine ou aux champs - et jusqu’à 13 ans à l’époque - chaque petit français devait s’asseoir en classe et ingurgiter les B.A.-BA et 2+2=4. Une vraie décision politique courageuse.

Pour le coup, celle du président de la République, annoncée hier, n’est pas du même tonneau, question révolution des mœ“urs. Etre en classe à 3 ans, même si c’est facultatif, est tellement commun que chez nous, personne n’y échappe : 100% des 3 ans sont scolarisés, selon notre recteur. Mieux que la moyenne nationale.

On comprend aisément pourquoi. De très longue date (y compris sous Debré), l’école a été brandie comme ce facteur incluant, égalisant, socialisant. La démographie galopante a poussé les communes à construire des écoles par dizaines et les autorités académiques avaient un leitmotiv : rattraper les effectifs, les taux de réussite, d’encadrement ! de métropole.

Aujourd’hui, on y est, ou quasiment - si ce n’était cette question de l’illettrisme, qui dépasse largement la seule Education nationale. Mais l’enjeu d’une réforme, c’est d’aller plus loin, et c’est là que Macron doit être attendu. Après avoir réussi le dédoublement des CP (en zones prioritaires), octroyé des postes pour parvenir au dédoublement des CE1, fait passer la réforme du bac avec quelques manifs sans grande conséquence et même fait avaler Parcoursup sans indigestion, il doit, c’est obligé, pousser encore d’un cran. Et réussir ce que la gauche a été infichue d’atteindre malgré toutes ses incantations : la scolarisation dès 2 ans.

Chez nous, en tout cas, c’est un enjeu majeur. Dans une île classée prioritaire un peu partout, où les taux de chômage et de pauvreté crèvent tous les plafonds, l’école dès le plus jeune âge est bien plus qu’une nécessité : une obligation impérieuse.

Le ministre Blanquer, paraît-il, serait plus ou moins chaud sur la pertinence de l’école à 2 ans. Pour la métropole, on n’en sait rien, mais ici, les témoignages des enseignants sont sans appel : plus les quartiers sont défavorisés et plus la scolarisation précoce est bénéfique. Le plus tôt sera le mieux, M. le Président. Et le plus vite, évidemment. Et avec les moyens adéquats, cela va sans dire !

Macron doit réussir ce que la gauche a été infichue d’atteindre malgré toutes ses incantations : la scolarisation dès 2 ans. Chez nous, en tout cas, c’est un enjeu majeur.