lundi 28 septembre 2020

Arnaud Beltrame : un citoyen et un combattant

Le lieutenant-colonel de gendarmerie Arnaud Beltrame est tombé en victime expiatoire de nos insuffisances. Et ce fait donne encore plus de valeur à son sacrifice, celui d’un homme de valeur et de convictions, celui d’un homme courageux, comme l’étaient ceux qui avant lui, ailleurs, dans d’autres conflits, ont bu le calice jusqu’à la lie, en pleine conscience.

Ceux de 14-18, ceux de la campagne de France, de la résistance et de la libération. Ceux qui ont sauté, voire re-sauté, sur Dien Bien Phu en 1953 et 1954 ! ceux qui se sont battus en Algérie, au Tchad, les légionnaires paras de Kolwezi, ceux qui ont combattu en Afghanistan, et d’autres encore, aujourd’hui, au Mali et sur le sol national, militaires, gendarmes et policiers, civils généreux ! Au-delà des époques et des théâtres d’opération, ils ont combattu avec au cœ“ur un idéal qu’ils défendaient et qui fondait leur engagement pour la mère patrie, la famille, la liberté face au totalitarisme, des alliés, des otages ! La mort du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame entre en résonance avec la peine profonde et immémoriale d’un peuple à la longue histoire. Mais cette douleur ne peut en aucun cas se suffire à elle-même.

Avant même d’être un militaire, Arnaud Beltrame était un citoyen, avec tout ce que cela signifie de conscience de ses droits et devoirs. Un citoyen, quelle drôle d’idée dans un monde où la citoyenneté est devenue pour ainsi dire mauvais genre, on la brade volontiers en lui préférant un statut de consommateur universel ! Aujourd’hui, tout le monde reconnaît en lui un héros, des politiques au Pape, en passant par le président Trump et la foule des anonymes. Tous réprouvent la violence, on espère en chœ“ur que ce sera la dernière fois. Mais nous savons tous que c’est faux.

Les fanatiques qui tuent de pauvres gens innocents et désarmés, des femmes et même des enfants, comme le monstre qui a tué ceux de l’école Ozar Hatorah de Toulouse d’une balle dans la tête, ou celui qui a égorgé ce pauvre vieux prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray, aiment la violence et la mort, se voient en guerriers et justiciers. Leurs victimes, des mécréants, des ennemis de l’Islam, on s’applique à le leur expliquer en toute impunité, au cours de conférences tenues par des "savants" prédicateurs qui vivent et prospèrent sur ce business de la mort.

À l’instar de Hassan Iquioussen, conférencier proche de l’UOIF, qui est passé par La Réunion en 2013. Son discours est simple, et dangereux pour les esprits simples qui le prennent à la lettre : "Les savants sont les héritiers des prophètes ( !) tout musulman a une part d’héritage ( !) transmettez ( !) c’est une obligation ( !) l’Islam est traqué de l’intérieur par des Musulmans ignorants qui ajoutent des choses dans l’Islam, des choses qui n’en font pas partie, des innovations qui dénaturent le vrai visage de l’Islam ( !) le Musulman il droit réagir physiquement, contre l’injustice !" Reste à savoir ce qu’est une injustice et qui est l’ennemi !

Ce genre de discours est destiné à ouvrir un fleuve de sang entre les "communautés", à les monter les unes contre les autres, à susciter si ce n’est une guerre civile, du moins une guerre de religion qui ne dit pas son nom ou que nous ne voulons pas voir. Car l’histoire de France porte les cicatrices de telles guerres intestines et le souvenir de massacres récents, de populations sacrifiées et jetées à la mer ou sur les routes de l’exil. Refuser de voir le danger n’a aucune valeur morale ou propitiatoire. Nous avons payé cher pour le savoir et la réédition de rituels montrant la Nation en deuil, digne et fière, n’a aucune valeur sécuritaire ou militaire.

L’Etat est là pour défendre ses citoyens, leurs droits, leur sol, leurs traditions et leurs lois. La réédition des actes de terrorisme islamique génère une litanie d’échecs qui deviennent de plus en plus difficiles à supporter. On ne peut durablement fonder la défense d’une société sur le sacrifice de victimes expiatoires ou de héros tragiquement isolés.