mercredi 21 octobre 2020

Le courage de dénoncer "les esprits malveillants" de l’Islam

Un chef boucher du super U « bon vivant et sportif », un viticulteur à la retraite impliqué dans plusieurs associations locales, un ancien maçon qui aimait lire des poèmes, un officier de gendarmerie exemplaire qui s’est substitué à une otage en voulant faire son devoir. « Toute la France est malheureuse », a témoigné, hier, un habitant de Trèbes en rendant hommage à Christian Medves, Jean Mazières, Hervé Sosna, Arnaud Beltrame assassinés vendredi par un délinquant radicalisé, Radouane Lakdim, revendiquant ses crimes au nom d’Allah et d’une doctrine extrémiste de l’Islam.

Toute la France est aussi révoltée. Car comment tolérer que deux hommes aient été abattus, l’un parce qu’il se trouvait au volant de sa voiture, l’autre parce qu’il faisait ses courses. Qu’un salarié ne retrouve plus sa famille parce qu’il gagnait sa vie et qu’il a eu la malchance de croiser la route d’un terroriste pour qui la vie mérite moins qu’un dogme mortifère. Qu’un officier de gendarmerie soit exécuté pour avoir voulu sauver des vies. Son devoir qui n’aurait jamais dû avoir pour conséquence de le conduire au sacrifice ultime. À ces vies injustement fauchées, il faut ajouter les seize personnes blessées car prises pour cibles par Radouane Lakdim dont l’objectif était de faire le plus de morts possibles.

Le temps de l’émotion, de la solidarité et du recueillement a déjà laissé la place à celui de la polémique. Avec cette question de savoir comment un fiché S connu pour sa radicalisation n’a pas été repéré dans la préparation de son entreprise terroriste. Il est toujours plus simple d’y répondre sur un plateau de télé. Le renforcement de la mobilisation des forces de l’ordre et du renseignement reste évidemment indispensable.

Notre société doit aussi réagir en menant un combat pour imposer avec bien plus de détermination les valeurs universelles qui fondent la République : égalité, liberté, fraternité. Des jolis mots, de la bien-pensance, de l’angélisme ’ Excès de naïveté ’ C’est justement en cédant à ce pessimisme mêlé de renoncement dangereux que l’idéal républicain s’affaiblit.

Lutter contre le terrorisme, c’est aussi ne pas céder un pouce aux ennemis des valeurs progressistes, laïques, et généreuses, à l’ouverture au monde. Défendre cela ne signifie certainement pas renoncer à critiquer la religion musulmane, pointer du doigt l’extrémisme des idéologues de cet islam politique qui s’imposerait à la République. Défendre celle-ci, ce n’est certainement pas refuser d’ouvrir les yeux sur les dangers de tous les communautarismes au nom d’une tolérance qui, alors, est travestie.

S’interroger sur les dérives de l’Islam avec pour figure principale le djihadisme, ce n’est certainement pas être islamophobe ou raciste. Et, parallèlement, il est temps d’arrêter de laisser développer la thèse selon laquelle il existerait un racisme d’État dans notre pays à l’encontre des musulmans. Nos institutions, nos services publics ne fonctionnent pas toujours de façon exemplaire. Mais soutenir qu’une politique de stigmatisation et de discrimination est sciemment organisée est un contresens dangereux. Car il concourt à entretenir l’idéologie haineuse de Daech manipulant des apprentis terroristes.

De plus en plus nombreux sont les musulmans laïcs dénonçant les dérives obscurantistes de leur religion. Hier, dans Le Monde, Leïla Slimani, lauréate du prix Goncourt 2016 et représentante d’Emmanuel Macron pour la Francophonie, faisait un constat lucide : "Aujourd’hui, la religion musulmane est enfermée du côté noir, elle est instrumentalisée par des esprits malveillants, et ce sont eux les plus bruyants, mais c’est une certaine période de l’histoire. Il y a aussi des gens merveilleux qui se battent pour montrer la lumière dans cette religion".

Ces voix courageuses sont le plus souvent accusées, avec des torrents d’injures et de haine, de prêter main-forte aux islamophobes et aux racistes. Bien au contraire, ces voix refusent de se laisser enfermer dans des visions rétrogrades, de voir confisquer leur parole et leur libre arbitre. Elles ne font que défendre leur attachement à la République et leur citoyenneté. Elles ne disent qu’une chose valable pour n’importe quelle croyance : la religion est de l’ordre de l’intime. Elle appartient à la sphère privée. Et elle doit être mise de côté dans l’espace public.