mercredi 28 octobre 2020

Parler vrai et parler creux

Évidemment qu’il était attendu le nouveau leader des Républicains rebaptisé l’homme à la parka rouge. Attendu après son exercice bien orchestré de "parole libre" devant des étudiants lyonnais présenté par des esprits naïfs comme une série de dérapages par péché d’orgueil alors que Laurent Wauquiez a surtout réussi à s’installer dans le paysage en imprimant un style à la fois autoritaire et transgressif.

Sauf les piteuses excuses qu’il a dû présenter à Nicolas Sarkozy, le patron de LR a tiré de cet épisode une nouvelle aura le posant en figure de proue d’une droite dure et adepte du "parler vrai". En jouant les redresseurs de tort, les dénonciateurs de complot, et les pourfendeurs du vieux monde à droite, Laurent Wauquiez abuse de discours populistes et des prises de position démagogiques. Il assume. Une stratégie qu’il considère payante.

Venu dans le Sud avec sa fameuse "parole libre", l’élu auvergnat n’a guère varié. Il a surtout utilisé une collection de formules déjà utilisées, voire usées jusqu’à la corde. Quitte à en faire des tonnes pour séduire son auditoire au point de se ridiculiser en parlant du "créolais" à la place du "créole".

Laurent Wauquiez n’aura donc pas fait l’économie de cette image traditionnelle de La Réunion, éternelle chance pour la France avec cette vision de notre île comme "une porte de la France et de l’Europe ouverte sur l’océan Indien." Celle qui doit encore investir dans le tourisme car, forcément, plus attrayante que Maurice. Wauquiez n’est toutefois pas le seul à pécher dans cet exercice de brosse à reluire. Tant de chefs d’État, de gouvernements, de ministres et de secrétaires ont déjà chanté la même rengaine.

Plus drôle, le subit changement de cap sur les emplois aidés. Laurent Wauquiez dénonce la baisse de dotations de l’État. Et crie "Macron président des riches" ou des "premiers de cordée". Encore un effort, et il pourrait bientôt soutenir les cheminots odieusement attaqués par le gouvernement. L’entendre défendre l’étendard des contrats aidés est assez croquignolesque dans sa bouche. Lui qui, il y a quelque temps encore, ne cachait pas sa grande aversion pour ce type de dispositif. Et qui avait violemment dénoncé le "cancer de l’assistanat de la société française".

Le "parler vrai" de Laurent Wauquiez, c’est aussi ces couplets sur "Paris qui ne comprend rien à La Réunion". Paris et ses technocrates incapables de sortir de leurs dossiers. Hier soir sur Réunion Première, il a expliqué être "admiratif des Réunionnais face à l’épreuve", même si le cyclone Dumazile n’est pas encore passé. Rien de très nouveau là non plus, sinon la déclinaison locale de l’obsession politique de Laurent Wauquiez, pourtant pur produit de la technocratie parisienne, qui consiste à opposer les mensonges des élites contre la vérité venue d’en bas. Du clivant, encore du clivant.

Le plus inquiétant est ce "parler vrai" ou plutôt ce "dis nou tout’" qui nous renvoie une singulière image de notre île en lançant : "Vous n’êtes pas des mendiants !". Avec toujours cette forme de sous-entendu sur les transferts d’argent public vers les outre-mer moins naturels qu’à l’intérieur de l’Hexagone.

Autre remarque saisissante : l’argent de l’État à La Réunion "doit aider les gens à travailler plutôt qu’ils restent chez eux à fumer et boire la pile plate." Là encore, difficile de ne pas faire plus populiste en utilisant des schémas aussi binaires. Comme si l’aide sociale avait systématiquement pour corollaire zamal et rhum.

Laurent Wauquiez ne s’embarrasse jamais de nuance. Au final, ses bonnes recettes pour faire décoller notre île ont déjà figuré au menu de bien des programmes politiques. Ses sorties sur les carottes d’Australie, les "poulets à l’eau importés" sont très aimables. Et le patron des LR a bien appris sa leçon en se voulant le chantre du "Nou la fé".

Donnant dans l’empathie à tout bout de champ, Laurent Wauquiez tiendrait donc un discours de vérité par le simple fait de partager un cyclone avec les Réunionnais, de serrer des mains, d’avoir réservé à notre île son premier déplacement dans les outre-mer. Ou, mieux, grâce à l’évocation de son cousin et de la marraine de son épouse installés à La Réunion.

De jolies histoires familiales qui ne doivent pas faire oublier celles moins glamour de l’autre famille, la droite réunionnaise en plein déchirement. Avec quelques raccourcis et autres constructions antagonistes. Et une tentative de captation de l’héritage gaulliste à La Réunion. Car, s’il est moins perceptible vu d’ici, le fond idéologique de Laurent Wauquiez s’approche plus de l’extrême droite que de la droite républicaine traditionnelle.