dimanche 09 août 2020

Simple, basique…

Ce soir, Manu Payet présente les Césars. Simple. Ce soir, le 974 est sur la scène de la salle Pleyel. Basique.

C’est pas la classe, ça ? La nuit prochaine, Manu Payet aura pour présidente Vanessa Paradis, rendra hommage à Jeanne Moreau et accueillera Penelope Cruz pour un César d’honneur. "On se dit qu’on a bien fait de prendre espagnol en LV2", se marre-t-il dans les interviews. Mais à bien y réfléchir, il a tout bien fait, Manu. Bien fait de tenter la radio, bien fait de partir, bien fait de tout essayer, bien fait de travailler dur… Ce soir un boug du 974 va présenter les César après Jacques Martin, Fabrice Lucchini, Alain Chabat, Gad Elmaleh Valérie Lemercier, Antoine de Caunes, Florence Foresti, Jérôme Commandeur… Ce soir, un gamin de Saint-Denis qui balançait des vannes sur NRJ Réunion avec Folin, Géo, Phano, se retrouve face au gratin du cinéma français. L’appellera-t-on "Paillé" ou "Paillette" ? Voilà la question qui va nous agiter tout aujourd’hui avec, n’en doutons pas, des débats sur les radios, des critiques acides et du moucatage en règle.

Ce qu’on en pense ? On s’en fout. Parce qu’il faut prendre le temps d’écouter Manu Payet sur la question. Comment il a pris de la distance, se rendant compte que chaque minute passée à justifier le "t" de son nom était une minute de moins à parler de son travail, de ses projets. Et comment La Réunion est toujours présente en lui, sans pour autant avoir l’obligation de la brandir comme un étendard. Disons-le tout net : on aime Manu Payet. Parce qu’il est exigeant dans ses choix, parce qu’il est émouvant et drôle, parce qu’il a du recul sur ce qu’il est, parce qu’il travaille, qu’il crée et qu’il nous fait envie. On l’aime comme on aime tous ces gars et filles d’ici qui décident qu’un "t" au bout de leur nom n’a pas à régir leur histoire. Qu’ils soient illustres ou méconnus, à Paname, Québec ou Pékin, on aime ces gens qui ne se définissent plus comme "Réunionnais d’abord", parce que c’est tellement évident pour eux. Ils bouffent la vie et le monde à égalité avec tous les autres et glissent leur créolité dans les interstices non-visibles dans les médias. Elle se diffuse sans ostentation mais avec une efficacité redoutable.

Alors ce soir, peut-être n’y aura-t-il aucune allusion de Manu Payet à sa Réunion natale. Pas de maloya, pas de cari, pas de piment, pas de cliché sur les tropiques. Il se trouvera bien quelque commentateur auto-assermenté qui en fera un traître à la patrie. Mais il y aura un comédien, multiculturel et parfaitement trilingue (français-créole-anglais) que rien, ni géographiquement, ni socialement, ne prédestinait à ce bout de destin incroyable. Un gars qui avance, un point c’est tout.