mardi 27 octobre 2020

Cryptomonnaies : l’argent magique

Les cryptomonnaies, les monnaies virtuelles en fait, se développent à toute vitesse dans les méandres du web, ce lieu de nulle part qui ressemble parfois aux limbes des enfers médiévaux.

Tout y est relatif, tout y est possible, les valeurs fluctuent au gré de paramètres ignorés du plus grand nombre, pour le plus grand bonheur des amateurs de blanchiment d’argent sale, ou de fuites de capitaux. Si les monnaies traditionnelles, déjà rudement dématérialisées, qui filent d’une banque à l’autre, d’un paradis fiscal à un centre offshore, fluctuent au gré des marchés et de la géopolitique des banques centrales, orbitant peu ou prou autour de l’astre Dollar, sont sujettes à toutes les spéculations, y compris celles des États, dont certains sont encore capables de faire tourner la planche à billets pour gérer au mieux leurs positions commerciales ou sociales, il est à peu près certain que ces devises-pavillons sont relativement stables et crédibles, car adossées à des États qui ont prise sur la réalité mondiale. En revanche, la majorité des 5 000 cryptomonnaies qui existent à ce jour, ne sont pas adossées sur grand-chose et peuvent fluctuer avec plus de volatilité que les prix de services en proie aux caprices du yield management. La notion de valeur est purement virtuelle, fictive, elle repose sur une convention financière qui ne vaut que parc ceux qui y croient, une bulle soumise à une enflure qui peut devenir invraisemblable et imploser en quelques secondes. Les monnaies virtuelles sont le stigmate d’une mondialisation financière qui surpasse les empires et les pouvoirs. Si leur existence découle logiquement d’un progrès technologique évident, nombre de ces monnaies sont des applications vouées à la mise en œuvre de capacités limitées, l’expansion de ces moyens de paiement qui flirtent avec la magie et le merveilleux technologique, ouvre des perspectives inquiétantes du fait du caractère protéiforme de ces devises qui ne représentent personne, et ne sont que rarement fondées sur un référent tangible. Le Bitcoin est la plus connue d’entre-elles, considérée comme relativement sûre, car son système serait résistant à la fraude. Elle est de fait utilisée par des enseignes internationales…

Néanmoins, sa valeur a connu une vertigineuse dépréciation, prouvant si besoin était que le krach était toujours possible. Le Bitcoin est concurrencé par l’Ethereum dont l’unité de compte est l’Ether… inutile de lister la suite, on entre là dans un genre de science-fiction financière avec des noms exotiques, Litecoin, NEO, Stellar… qui renvoient à des pratiques bien éloignées des mœurs du commun des mortels. Cette dématérialisation de l’argent, qui n’est plus que le reflet d’une idée de valeur, pose les bases d’un nouveau monde au sein duquel les intelligences artificielles donneront le rythme de mouvements financiers aussi abscons que les sont aujourd’hui les ondes gravitationnelles pour les chalands des supermarchés… Une chose est sûre, dans ce chaos organisé, les notions d’honnêteté, de fiabilité, de traçabilité, de sécurité seront aussi virtuelles que les dites monnaies. Pour donner un ordre d’idée, ce que l’on nomme volatilité des cryptomonnaies, explique des milliards de dollars puissent disparaître sans même savoir ce qu’ils sont devenus, ou même si, finalement, ils ont réellement existé.