lundi 26 octobre 2020

Dans l’air du temps…

Le temps qu’il fait influe beaucoup plus qu’il y paraît sur notre humeur, nos états d’âme, nos façons d’agir ou de réagir, de juger autrui sur son air, voire son air de deux airs… Chacun d’entre-nous est un micro-climat psychologique et l’art des relations humaines repose sur une bonne connaissance de la météo des âmes. Les anciens savaient bien que ce qui tout ce qui nous arrive de bien et de mal ici-bas est écrit là-haut… En conséquence nos humeurs, au sens littéral du terme, étaient influencées par le ciel dans tous ses états, et notre destin par le cours des astres.

N’exagérons rien et ne sombrons pas dans le fatalisme, un temps de chien ne suscite pas forcément des comportements cyniques sans quoi les gens du Nord… de l’Europe ou d’ailleurs, seraient tous des philosophes à la mode de Diogène, ou affecteraient un caractère sombre comme le ciel de leurs régions de résidence. Et ceux du Sud, brilleraient tous d’un caractère aussi lumineux que le ciel méditerranéen… Mais on est toujours au Nord de quelque chose et au Sud de même, comme on est toujours l’Autre de quelqu’un… Néanmoins, en ce moment, à La Réunion, la combinaison d’une température assez élevée et de manifestations orageuses quasiment quotidiennes, tape sérieusement sur le système d’une bonne partie de la population. On s’interroge sur le dérèglement climatique, on s’inquiète de ce que la planète perdrait la boule. La saison cyclonique en devient suspecte, trop chaude et chargée en cumulonimbus pour être honnête. Jusqu’aux petits Cu du matin (Ndlr : Cu est l’abréviation pour cumulus, rien d’autre), qui se gonflent et bourgeonnent, jusqu’à s’en tamponner l’enclume en d’impressionnantes cathédrales ouatées…

L’air se fait pesant, les excès de climatisation aggravent nos signature carbone et culpabilité collective. L’éventail redevient à la mode et l’on craint les manifestations quasi divines du tonnerre et de la foudre. Jupiter a bien investi l’Elysée ! Les syndicats s’en méfient d’ailleurs car il fulmine à coups d’ordonnances, sans respecter la saison des négociations. Dans l’air moite, les sens s’échauffent, et les nerfs aussi, d’aucuns en arrivent à ne plus se sentir à force de se pomper l’air. Les ambitions politiques s’enflent comme des ballons à air chaud, de vieilles idées s’élèvent comme des bulles anachroniques. Un thermique indépendantiste échauffe la bile d’un quarteron d’énervés, l’un se rêve en Castro dans ses volutes de fumée, l’autre hésite entre grand Mamamouchi d’un peuple opprimé et Trotsky des tropiques ; plaise aux dieux qu’ils ne se prennent pas trop au sérieux, l’air en deviendrait irrespirable. Du côté de Saint-Leu, la Dame de la Salette ne peut plus rien pour son adorateur le plus ostentatoire. Tout échauffé par le feu qui lui arde les humeurs, le pauvre homme se consume en une série accélérée de pitreries et de bouffonneries qui le laisseront, fat et plat, honteux et rassoté, comme vidé de sa substance par tant de suffisance. Il sera bien temps alors de lui trouver une pénitence. En ces temps de dépressions, nous avons l’œil rivé sur le bulletin météorologique et surveillons avec inquiétude tout ce qui nous arrive de l’Est, du grand large, ces enroulements aériens chargés de pluie et de vent, qui peuvent en quelques heures doucher intempérances, énervements et ambitions… Nous devenons tous météorologistes et chacun y va de sa prévision, mêlant traditions et images satellitaires, souvenirs ataviques et observation des cohortes de fourmis, ou du vol des oiseaux de mer, vastes comme il se doit. Et avec un brin de malice, nous nous désolons du froid polaire qui s’abat sur la métropole et drape de gel, les galets de la Baie des Anges, les palmiers de Bastia…

La saison cyclonique, ce n’est pas si mal quand on y pense.