lundi 26 octobre 2020

Les ficelles bien velues de Wauquiez

Ils doivent être drôlement contents, les parents des étudiants de l’EM Lyon. Tu payes l’année 17 500 ‚¬ l’année (1) dans l’école de business la plus chère du marché et ton marmaille a droit à deux fois six heures d’intervention du gars qui parle politique au niveau des pâquerettes. Enfin, on imagine que Laurent Wauquiez, diplômé de Sciences Po et major de l’Ena, a dû leur causer d’autre chose que du non-charisme d’Angela Merkel, de la police du téléphone portable soi-disant orchestrée par Sarkozy ou du complot ourdi par Macron contre Fillon. Mais au bout du compte, on ne retiendra que ces propos, qu’un seul adjectif suffit à qualifier : minables.

D’autant qu’on ne va pas nous la faire : Wauquiez savait forcément où il était, ce qu’il disait, que tout serait enregistré et que ça fuiterait. Ou alors s’il ne le savait pas, qu’il regarde sur-le-champ cette excellente série "Baron Noir", où Kad Merad incarne ce que Wauquiez rêve de devenir : celui qui tire les ficelles.

En attendant, elles sont grosses, ses ficelles. Bien velues même. Et quelques boulets y sont désormais attachés, que le patron de Les Républicains va traîner un bon moment. Comme aurait dit ma grand-mère : ça lui fera les pieds.

Non, toutes vannes mises à part (et si Wauquiez s’était pris pour un stand-upper ’), l’épisode Wauquiez porte la marque de la minablerie (le mot existe-t-il ’ sinon, il devrait) dans toute sa splendeur. Et les médias, pas les plus malins, se sont engouffrés dans la brèche dans des proportions que l’intéressé lui-même n’aurait jamais osé imaginer.

Songez : quatre jours d’exposition médiatique, de crachats, de critiques, d’insultes, c’est le Graal de tout homme politique moderne. C’est le quart d’heure de célébrité warholien porté au pinacle. Très sérieusement, c’est un mode de survie en politique : Jean-Marie Le Pen en a usé toute sa carrière, et même encore aujourd’hui.

On saura assez vite si Wauquiez s’est réellement pris les pieds dans le tapis, en n’osant tout de même pas utiliser les termes émis par Nicolas Sarkozy à son égard (2). Mais ce qu’on sait d’ores et déjà, c’est que lui comme d’autres nous horripilent prodigieusement en prétendant vouloir faire transparent ou franc du collier, comme si c’était l’alpha et l’oméga de la politique moderne.

Non, tout comme nous n’avions pas besoin de connaître pourquoi "Un président ne devrait pas dire ça", nous, citoyens, n’avons pas besoin de connaître toutes les coulisses de la politique car elles sont par essence crasseuses. Paradoxalement, en voulant en finir avec la langue de bois, Wauquiez fait pire : il use de la langue de vipère.

Et là où des de Gaulle ou des Mitterrand (même Hollande s’y entendait) savaient mettre du persiflage de talent, lui n’y met que brutasseries populardes. Wauquiez, peut-être étourdi par sa victoire chez LR a dû se dire qu’on pouvait faire en politique comme dans Cauchemar en cuisine : montrer les fours crados et les cuisiniers aux cheveux gras. Sauf que dans Cauchemar en cuisine, ils la nettoient vraiment, à la fin, la cuisine !

(1) Palmarès diplomeo.com

(2) "Une grosse merde", selon le Canard Enchaîné.

"...Qu’il regarde sur-le-champ cette excellente série Baron Noir, où Kad Merad incarne ce que Wauquiez rêve de devenir : celui qui tire les ficelles".