lundi 26 octobre 2020

La Région avait prévu un plan B

Il n’est pas si lointain le temps ou Didier Robert vendait aux réunionnais son projet de route du littoral contre celui du tram-train de Paul Vergès : une route gagnée sur la mer d’une douzaine de kilomètres reliant à terme Saint-Denis a La Possession et remplaçant l’actuelle route du littoral de 14,6 km, trop exposée aux éboulis de la falaise au pied de laquelle elle se
trouve et ayant fait déjà trop de morts.

A peine l’élu à la tête de la Région en mars 2010, le président Robert tient
ses promesses de campagne et enterre définitivement le projet concurrent. Il
dispose d’un mandat pour faire démarrer les travaux. de la Nouvelle Route du
Littoral (NRL)

L’année 2015 marque deux nouvelles avancées majeures dans le projet.
La Région attribue les deux principales tranches du chantier de la NRL aux
groupements emmenés par Vinci et Bouygues, et la troisième, beaucoup
plus modeste, a Eiffage qui a contesté cette décision sans succès.

En décembre, le premier coup de pioche est donné. Un signe fort pour
la population reunionnaise qui croit enfin en la réalisation du plus grand
chantier de construction en cours en Europe.

A la veille des élections régionales de decembre 2015, la pose des piles du
plus long Viaduc de France commence.Des incertitudes demeurent sur
l’approvisionnement en matériaux pour la construction des digues.

La question est lancinante depuis le montage du projet car 19 millions de
tonnes de matériaux sont nécessaires pour la réalisation des digues en mer,
une solution décriée par de nombreux opposants. Mais le projet avance et les
Réunionnais admirent en roulant au
pied de la falaise l’édifice qui prend forme, le ballet d’impressionnants camions chargés de roches, les convois exceptionnels transportant des accropodes fabriqués au Port, la nuit, un chantier qui illumine les bords de
l’océan et qui présente cette route réunionnaise comme un fleuron
technologique. Didier Robert gagne ses deuxièmes élections régionales.
Il est réélu jusqu’en 2021. L’ouverture par le parquet de Saint-Denis en 2014 d’une enquête préliminaire pour corruption et favoritisme et la transmission du
dossier en avril 2015 au parquet natio-nal financier. (PNF) n’a pas joué sur
la confiance que les Réunionnais accordent au Président de la Région.

Le chiffrage des travaux ne cesse d’augmenter. La Région avoue devoir
rallonger la note de 250 millions d’euros. Et les retards continuent a s‘accu-
muler. Les opposants se mobilisent de nouveau, les collectifs fleurissent aux
quatre coins de l’île et reviennent sur les questions environnementales.

Le schéma départemental des carrières est revu et corrigé a de multiples
reprises et l’approvisionnement en roches de plus en plus problématique.

Les propositions « tout viaduc » du groupe Eiffage, écarté pour la plus
grosse partie du chantier n’étaient-elles pas les plus réalistes ?

La Cerise sur le gâteau sera l’arrêt du conseil d’Etat du 6décembre 2017 qui
a annulé l’arrêté d’ouverture de l’enquete publique préalable a l’autorisation d’exploiter la carrière de Bellevue au niveau de Trou d’eau à la Saline-les-Bains. La juridiction indique que le préfet ne pouvait cumuler la casquette
d’autorité décisionnaire et celle d’autorité environnementale.

Cette décision est susceptible de s’appliquer a toutes les décisions d’ouvertures de carrières qui pourraient du coup elles aussi être annulées. Ce qui a de graves conséquences sur l’approvisionnement de la NRL en roches massives. Un coup de massue pour les transporteurs et surtout pour un millier de salariés Sur la NRL.

Interrogée par notre rédaction hier,la Région a enfin dévoilé son plan B : l’ouverture de la partie viaduc (la Grande Chaloupe e Saint-Denis) entre
2020-2021 alors qu’elle annonçait la livraison de la NRL pour 2020 encore
il y a quelques mois. La confiance a-t-elle été brisée cette fois-ci ? Réponse en
2021.