mercredi 05 août 2020

Perversions démocratiques

Mardi, le député Thierry Robert annonçait qu’il envisageait d’attaquer la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) au motif qu’elle l’a épinglé une nouvelle fois sur sa déclaration de patrimoine. Qu’en plus, elle ne l’a pas aidé à mentionner les montants demandés dans « les bonnes cases ».

Hier, Richard Nirlo et ses adjoints s’en sont pris à la Chambre régionale des comptes. Les magistrats financiers, qui ont rendu un rapport sur la gestion scandaleuse de la commune pendant des années, seraient trop « partials ». Et stupides au point de ne pas avoir saisi la dimension « humaine » et « sociale » du bilan laissé par Jean-Louis Lagourgue. Non, les dialogues ne sont pas signés Michel Audiard.

Dans son rapport, la CRC n’a effectivement pas été impressionnée par cette « ambition » quasi humanitaire et la « générosité » de la commune.

Mais plutôt par le système inégalitaire et illégal mis en place depuis des années avec du copinage institutionnalisé, une gestion clientéliste, l’émergence d’une caste de cadres surpayés, et plus de 2,6 millions de primes à rembourser car sans aucune base juridique. Ultime argument avancé hier par Richard Nirlo, « ce qui nous est reproché se passe aussi ailleurs ». On pourrait espérer mieux que ce réflexe désespéré consistant à justifier ses propres turpitudes.

Reste le plus impressionnant dans cette tentative de défense tournant au ridicule : le nouveau maire a promis que son équipe allait « suivre les 16 recommandations de la Chambre des comptes ». Bref, c’est dire une chose et son contraire. Dénigrer les sévères critiques de la juridiction tout en assurant qu’il fallait suivre son avis.

La ligne choisie par Richard Nirlo ressemble plutôt à un terrible aveu de faiblesse. D’abord, comment expliquer que les équipes de la commune n’ont pas contesté les critiques de la CRC lors de la procédure faites d’échanges d’observations. Ensuite, ce n’est pas la première fois que la gestion Lagourgue est étrillée par les magistrats financiers. Deux autres rapports ont déjà dénoncé des irrégularités sans que les dirigeants de la commune y remédient. Un tel acharnement à rester hors des clous risque de renvoyer les élus concernés vers d’autres procédures plus musclées et, surtout, à les contraindre de rembourser les sommes indues.

Si l’équipe municipale a prétendu qu’il n’en était pas question, elle serait bien inspirée d’étudier le cas d’autres responsables de collectivités en métropole qui ont dû solder de telles factures. Bref, les temps changent.

Au final, le plus inquiétant reste cet insidieux renversement des valeurs. Les autorités de contrôle prennent donc la place des mis en cause. Ce sont à elles que sont adressées les pires vilenies. Chez Thierry Robert comme à Sainte-Marie, ce sont encore elles qui doivent se justifier. Il n’y a pas si longtemps, Nassimah Dindar avait, elle aussi, dit pis que pendre sur la CRC à la suite du rapport incendiaire sur le SDIS.

Autant de réflexes populistes qui révèlent chez certains élus une forte capacité à se considérer comme propriétaire du mandat qui leur est confié pour un temps donné. Cette perversion démocratique les conduit à nier le principe de séparation des pouvoirs, à rejeter les missions de ceux qui sont censés contrôler leurs pratiques.

Comme si la légitimité issue des urnes pouvait les exonérer de devoir rendre des comptes. C’est pourtant le fondement de notre vie institutionnelle.

À quel moment, ces élus se rendront-ils compte que la manne des finances publiques se rétrécit d’année en d’année pour cause de déficit croissant. Et que les électeurs sont demandeurs de plus de transparence et d’exemplarité.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3