mercredi 28 octobre 2020

50 nuances de grilles

Nous n’avons d’abord pas voulu le croire. Trop gros à avaler. Et puis, nos convictions ont fini par vaciller, au gré des requêtes en ligne, au gré des écarts de prix ahurissants que nous trouvions. Sous nos yeux, commençait à prendre forme, quelque chose qui ressemblait à un système de réservation. Un système qui permettait à Air Austral de faire payer plus cher les billets de la continuité territoriale, réservés depuis son site Internet.

Dans la double page qui suit, nous vous expliquerons tous les détails de cette troublante sursaturation, mise au jour par Le Quotidien. Comment la compagnie conçu un moteur de recherche spécifique pour les détenteurs de bons de continuité territoriale, avec des tarifs distincts de ceux proposés sur le reste du site.
Les différences de prix pouvaient dépasser la centaine d’euros par passagers sur un vol aller-retour. Dans les cas les plus extrêmes, Air Austral était susceptible de prélever jusqu’à deux tiers du montant de l’aide régionale.
Nous en parlons au passé, parce que tout est mystérieusement rentré dans l’ordre hier. La grille tarifaire a été revue de fond en comble, dans la journée entre le moment où nous avons exposé nos interrogations à Air Austral (le matin) et celui où la compagnie a fini par nous répondre (le soir).

Les écarts de prix importants que nous avons constatés, ne seraient dus, selon elle, qu’aux ajustement de tarifs auxquels procèdent les compagnies aériennes, en fonction du remplissage de vols. En clair, des clients auraient acheté des billets, pile au moment où nous faisions nos simulation, ce qui aurait brutalement renchéri les tarifs. L’argument est loin de ne nous avoir convaincus, pour diverses raisons que nous aurons l’occasion de détailler plus loin. Toujours est-il que, depuis hier soir, les écarts de prix ont fondu comme neige au soleil. Ils plafonnent désormais à 20euros. Un différentiel que nous n’avions jamais constaté jusqu’ici.

Et pour cause. Les frais d’émission en agence ont été revus à la baisse dans la journée, passant de 25 à 20 euros pour les billets réservés sur le web. La compagnie, elle, jure n’avoir pas touché à sa grille. Que tout est resté à l’identique. Dans ce cas pourquoi le montant des frais n’est-il plus le même ?
Face à cette position de déni, difficile de comprendre l’origine de cette sursaturation. S’agit-il d’un bug ? D’une erreur de manipulation ? D’un excès de zèle ? Ou prosaïquement d’une mauvaise manière d’arrondir ses fins de mois dans un contexte de concurrence exacerbée ?
Toutes ces questions nous n’avons pas pu les poser.

Guillaume Kempf - Le Quotidien / p.3