mercredi 12 août 2020

Tortures esthétiques

Aucun rapport avec le dernier opus des 50 nuances que vous savez, le sujet qui nous intéresse aujourd’hui est bien plus inquiétant car il met en exergue cette profonde faiblesse qui pousse femmes et hommes à se mettre en danger pour paraître plus beaux.

Passons sur les régimes des docteurs Mabuse contemporains qui vous font bouffer de la viande à en crever ou brouter à en devenir chèvre, sauf à sombrer dans le veganisme fanatique, l’orthodoxie ou l’anorexie, il y a toujours moyen de s’en sortir parce que l’instinct de conservation et la gourmandise nous ramènent à la vie, normale ou presque. La dictature de la minceur est un fait de société, un marqueur de notre temps, mais si cette pression esthétique peut devenir contraignante, elle n’est pas forcément dangereuse. En revanche, la volonté de se faire plus beau, plus jeune, plus conforme à une image que l’on souhaite donner de soi, par l’usage de moyens artificiels ou invasifs est plus problématique. Sans aller jusqu’aux excès en chirurgie esthétique qui livrent au scalpel et laser de chirurgiens plus ou moins inspirés, visages et corps martyrisés dans cette quête de beauté clinique, force est de constater qu’en dépit des progrès de la science et de la connaissance nos contemporains prennent aujourd’hui des risques avec leur santé et leur vie au même titre que nos ancêtres du XVIIe siècle ou de la haute antiquité. En effet, la découverte des méthodes employées par des officines plus ou moins professionnelles vouées à la satisfaction de nos désirs narcissiques tend à susciter l’effroi.

Un récent fait-divers nous a appris qu’il était courant de se faire scarifier la peau par des faisceaux de micro-aiguilles, de façon à susciter, par la cicatrisation de ces micro-plaies, une peau à l’apparence plus jeune et tonique. Le risque d’infection n’est jamais bien loin de ces pratiques et s’il est possible d’obtenir un gain esthétique similaire au "peeling" classique à l’acide, il va sans dire que les capacités de régénération des cellules de l’épiderme du visage ne sont pas infinies. Et que sous prétexte de rajeunir, on accélère fatalement le vieillissement des tissus. Et que dire encore de cette technique dite du "Vampire Lift", qui conduit à se faire prélever du sang, qui est ensuite centrifugé de façon à en récupérer le plasma. Lequel plasma est ensuite réinjecté dans la peau des "patients" pour effacer les cernes, les rides… Le dit plasma peut-être "enrichi" d’une enzyme coagulante pour mieux boucher les trous si l’on ose dire. Et que penser de l’usage du Botox, une toxine paralysante, dont l’effet, par injection dans la peau, tétanise les muscles et tend la peau en effaçant momentanément les rides… De tout temps, les hommes ont usé de tout ce que la technique pouvait leur apporter pour paraître beaux. Le froid est à la mode aujourd’hui, avec la cryothérapie qui conduit à séjourner dans des atmosphères de froid négatif extrêmes, pour chasser la cellulite… La cryolipolyse se pratique à -110 degrés !

Ce n’est ni plus ni moins malin ou futé que les soins magnétiques prodigués avec le baquet de Mesmer, le blanc de céruse, ou blanc de plomb utilisé comme fard sous l’ancien régime pour se blanchir le teint, ou les acides employés par les belles vénitiennes pour obtenir le fameux blond qui les a rendues célèbres…

Philippe Le Clair - Le Journal de l’île / p.3