lundi 26 octobre 2020

Limitation à 80km/h : une escroquerie routière

À ce qu’il paraît la limitation de la vitesse à 80 sur les routes secondaires à double sens, sans séparateur central, serait destinée à sauver des vies gravement mises en danger à 90 km/h sans doute… Qu’il nous soit permis d’en douter, rien ne permet de fonder la réalité de ce prétexte ministériel, soufflé par les fanatiques de la répression routière, qui rêvent de voir le flux automobile se traîner à la vitesse de chenilles processionnaires, sur des routes truffées de radars et de pièges à gogos. Pour donner un ordre d’idée, cette nouvelle limite de vitesse ramène le flux à circuler à peine un peu plus vite que la vitesse maximale des voiturettes sans permis, ou des mobylettes énervées qui pointent à un bon 70 km/h, lancées et le vent dans le dos.

Les grandes têtes molles de "l’administrature" fondent supposément cette nouvelle mesure forte de sécurisation de nos routes sur une expérimentation menée sur trois axes routiers métropolitains sur quelques mois à partir de juillet 2015 ; le tout ayant donné lieu à la publication d’un rapport "sur l’expérimentation de l’abaissement de la vitesse limite autorisée à 80 km/h", par le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement… et les ratons laveurs, qui confirmerait les calculs des experts en sécurité routière, comme de bien entendu. Or si dans un tel contexte la vitesse moyenne a un peu baissé, les scientifiques de service n’ont pas trouvé le temps de pratiquer une "étude sérieuse de l’accidentalité". De fait, il ne valait mieux pas. Puisque ce qui compte au fond, c’est le nombre de PV que l’on va facturer à ces assassins d’automobilistes et de motards qui seront de fait encore plus traqués qu’ils ne le sont aujourd’hui. Cette étude d’accidentalité, l’association d’usagers "40 millions d’automobilistes" l’a réalisée, gratuitement. Avec les moyens de l’Etat, relevant tous les accidents de la circulation survenus entre le 1er janvier 2012 et le 31 décembre 2016 sur les 3 sections routières concernées, grâce aux fichiers du Bulletin d’analyse des accidents corporels de la circulation du Ministère de l’Intérieur.

Résultats : sur les 13 km du premier axe routier retenu (RN 57 Entre Échenoz-le-Sec et Rioz), l’accidentalité a connu une augmentation en 2016, première année pleine d’expérimentation à 80 km/h, devenant de fait l’année de sécurité routière la plus mauvaise depuis 2012, avec 3 accidents en 2016 (contre 0 en 2015), qui ont fait 7 victimes (contre 3 en 2012, 2013 et 2014), dont 4 hospitalisées et 1 tuée. Bilan très mauvais. Sur le deuxième axe (RN 7 Entre Gervans et Bourg-lès-Valence),18 kilomètres ; 2013 étant la pire année avec 11 accidents, 25 victimes, dont 4 hospitalisées et 1 tuée. 2015 à l’inverse recense le moins de victimes (14) sur la période, malgré 1 accident mortel. L’accidentalité repart légèrement à la hausse sur le tronçon en 2016 avec une recrudescence du nombre total de blessés (17) et surtout le nombre de blessés légers (11 en 2016, contre 7 en 2015 et seulement 3 en 2014) ; personne ne trouvant la mort cette année-là. Bilan non significatif. Sur le troisième axe (RN 151 Entre Auxerre (89) et Varzy), 55 kilomètres, 40 millions d’autombilistes explique : "Si 2015 est l’année qui a connu le moins d’accidents de la route et le moins de victimes sur la période étudiée, 2016 marque une reprise du nombre total de victimes, au-dessus de 2012 et 2013, et nettement au-dessus de 2015 (8 en 2016, contre 2 en 2015) ; le nombre de blessés hospitalisés est aussi plus élevé : 6 en 2016, contre 2 en 2015, et l’on déplore un accident mortel…" Bilan mauvais.

Conclusion : "Les chiffres présentés dans le présent bilan démontrent que la baisse de la limitation de vitesse n’a en rien permis de réduire la mortalité routière sur ces axes : 2 accidents mortels sont à déplorer sur les 86 kilomètres de l’expérimentation en 2016, soit 5 fois plus que la moyenne nationale qui s’élevait la même année à 0,4 tué pour 86 km de routes…" L’expérimentation n’est donc pas probante. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de l’imposer à tout le pays et à tous les automobilistes, certainement pas pour leur bien ou leur sécurité. Très certainement parce que c’est un moyen facile de les taxer d’autorité, voire de les racketer un peu plus encore.

Philippe Le Clair - Le Journal de l’île / p.3