mardi 04 août 2020

Arrêté de catastrophe pas si naturelle que ça

Après la pluie, les arrêtés de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle pour dix communes de La Réunion ! Rien de bien naturel là-dedans, si ce n’est que les intempéries l’étaient, Ava et Berguitta obligent, et que le sens de la solidarité nationale joue à l’endroit des citoyens français et administrés des dix communes concernées, à savoir, Les Avirons, L’Entre-Deux, L’Étang-Salé, Petite-ÀŽle, Saint-Joseph, Saint ‘Leu, Saint-Louis, Saint-Pierre, Le Tampon et Cilaos évidemment.

Les propriétaires de biens endommagés mais préalablement assurés pourront donc espérer limiter les dégâts, voire rembourser les réparations et ceux dont les biens n’étaient pas assurés pourront encore avoir recours au au Fonds de secours pour l’Outre-mer. Donc en matière d’aides et de secours, l’Etat assume ses responsabilités et répond rapidement à l’urgence constatée sur le terrain. En revanche, il convient de revenir sur le côtés pas franchement naturel de la catastrophe, à savoir la carence grave de moyens de prévention face aux risques causés par les éléments. Les communes du Sud ont été gravement affectées par des inondations et coulées de boue, qui n’étaient pas franchement imprévisibles, compte-tenu des moyens dont nous disposons aujourd’hui !

Idem pour Saint-Leu qui est inondée à chaque grosse précipitation, sans parler de la boue qui s’y trouve plus coulante qu’ailleurs apparemment. A Saint-Leu, la "dream team" municipale, Nabénésa, Domen, Thierry Robert a été contrainte d’en appeler à l’armée pour venir en secours aux services municipaux un peu à la dérive ! Faut-il s’en étonner’ Sans doute.

Comme il convient de s’étonner que nombre des communes concernées par l’arrêté de catastrophe naturelle n’ont pas jugé nécessaire de s’intéresser sérieusement au risque d’inondation, négligeant même les fonds européens disponibles (22 millions selon la Région Réunion) pour gérer les risques de crues, d’inondations et de glissements de terrains !

Les maires intéressés ont aujourd’hui beau jeu d’en appeler à la solidarité nationale quand leur imprévision les rend responsables d’une bonne partie des dégâts constatés. Il est inutile de battre le pavé en ciré sous la pluie comme un aventurier en mal d’exploits quand on privilégie la construction compulsive de rond-points inutiles à toute autre approche en matière d’aménagement.

Comme il est criminel de voir les ravines couper les routes et les eaux déferler dans les zones résidentielles parce que l’on ne s’est pas préoccupé des crues et des cours nouveaux provoqués par l’aménagement immobilier et le bétonnage des sols.

Encore faut-il se féliciter de ce qu’aucun décès ne soit directement imputable à Berguitta.

Que penser encore de ces rues, ou routes, communales notamment, dont la coupe réalisée par les intempéries révèle une totale vacuité dans la conception ’ Dans des rues et voies en pente forte, le simple fait de couler une fine couche de goudron sur un lit de terre plus ou moins compactée est non seulement inutile mais dangereux. Les écoulements torrentiels soulèvent et détruisent la couche de goudron ! la rue se transforme en lit de ravine.

On se gausse volontiers des grands chantiers internationaux un temps réalisés à Madagascar par des entreprises chinoises oublieuses des réalités du BTP ! un coup de scraper, une couche de bitume et voguent les taxis-be !

Mais à La Réunion, inutile d’aller chercher des responsabilités à l’étranger, nombre de marchés sont honteusement trafiqués aux dépens de la durée de vie des équipements qu’ils concernent. Qui s’est mis dans la poche l’argent relatif à la réalisation d’équipements durables, dotés de drainages et de sous couches résistantes ?

Comment peut-on accepter que les chaussées soient défoncées par des entreprises qui ne rebouchent jamais sérieusement les tranchées qui y sont creusées, suscitant autant de nids de zébus et de tranchées qu’ils y a eu d’interventions sur ces voies ? Où sont passés les millions d’euros au titre du fonds d’investissement routier perçus par les collectivités ?

Nombre de communes seraient bien en peine de livrer l’affectation réelle de ce qu’elles ont perçu. Sur quels chantiers, quelles routes, quels ouvrages d’arts ’ Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre affirment avoir dépensé plus qu’elles n’ont reçu ! Dont acte.

Pour Cilaos, la chose va de soi au regard des contraintes et enjeux. L’Entre-Deux et Petite-Ile ont consommé leur dotation tant en investissement qu’en fonctionnement. Saint-Joseph en a déclaré 75% réalisés. D’autres comme Le Tampon notamment sont hermétiques sur le sujet, à l’instar de Saint-Leu qui a touché depuis 2010 un peu moins de 20 millions d’euros de FIRT. Deux exemples parmi d’autres, mais des questions qui deviennent brûlantes après un arrêté de reconnaissance de l’état de catastrophe naturelle.

Philippe Le Clair - Le Journal de l’île / p.3