mercredi 28 octobre 2020

Noble cause et "maccarthysme sexuel"

Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, doit-il démissionner ’ Non pour le gouvernement. Assurément oui, pour des militants féministes qui ont lancé une pétition et, depuis hier, pour plusieurs voix des Républicains. Ancien cadre de ce parti, gagné par le souffle du macronisme, l’élu nordiste est visé par une plainte pour "viol". Lui conteste farouchement les faits et son avocat dénonce une "intention de nuire".

Cette plainte, déposée par une ancienne call-girl qui avait sollicité l’élu en 2009 pour une intervention dans un dossier, a d’abord été classée sans suite en juillet 2017. Ce qui a conduit le ministre à riposter avec une plainte pour dénonciation calomnieuse. Le parquet de Paris a décidé de rouvrir une enquête, la plaignante ayant finalement décidé d’être auditionnée par la police.

Depuis ce week-end et la révélation de cette procédure, la pression monte autour du cas Darmanin qui a reçu le soutien de son Premier ministre. Edouard Philippe lui maintenant "toute sa confiance". Et la garde des Sceaux Nicole Belloubet de souligner que son collègue n’a même pas été mis en examen. Les féministes et les LR s’étonnent que d’autres membres du gouvernement, Richard Ferrand et François Bayrou, aient dû quitter leurs fonctions alors qu’ils n’étaient pas non plus passés par la case juge d’instruction dans les affaires de la Mutuelle de Bretagne et des assistants parlementaires européens du Modem. Ces militants, tout comme l’ancienne ministre PS des droits des femmes Laurence Rossignol, martèlent aussi que le gouvernement a décidé de faire de la lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes l’une de ses priorités. Avec un art consommé de l’euphémisme, celle qui est devenue sénatrice observe que les faits étaient "embarrassants" pour un ministre.

Gérald Darmanin sera-t-il encore ministre à la fin de la semaine ’ On ne parierait pas là-dessus. Sûr que des conseils de l’Elysée et de Matignon cogitent depuis ce week-end sur des scénarios de sortie honorable pour le ministre. Incontestablement, le ministre est dans une position des plus fragiles.

Reste que cette affaire donne une impression d’emballement et de délation liée à la campagne #metoo contre le harcèlement et les abus sexuelles. S’il est indispensable que notre société se mobilise contre ce type de violence, attention à ce climat de dénonciation et de suspicion généralisé. Depuis l’affaire Weinsten, la stigmatisation sur les réseaux sociaux suffit à transformer de simples mis en cause en abominables coupables. Sans même passer par le filtre d’une enquête, de l’examen des faits, du respect élémentaire d’une procédure contradictoire, fondement de la démocratie, a rappelé Christiane Taubira, pourtant ultra favorable à ce mouvement global de libération de la parole des femmes. Attention donc à ne pas confondre défense d’une noble cause sur fond de remise en question indispensable de nos sociétés avec les principes dictatoriaux d’une police des mœ“urs ou encore une sorte de "maccarthysme sexuel", pour reprendre l’expression de l’essayiste Jacques Julliard.

Enfin, faut-il aussi souligner qu’à la différence des affaires financières, une telle accusation dans une affaire de mœ“urs possède un degré supplémentaire dans l’infamie.

Jérôme Talpin - Le Journal de l’île / p.3