lundi 28 septembre 2020

Nous ne sommes pas préparés aux inondations

A chaque événement climatique d’ampleur à la Réunion, les constatations sont identiques : nous ne sommes pas préparés aux risques d’inondations.
Encore en 2018. La tempête Buergitta et ce n’est qu’une tempête en a été l’illustration vivante ces derniers jours.

Pourtant après le passage du cyclone Firinga en 1989, l’Etat, les collectivités et tous les spécialistes des risques s’étaient promis de se mettre autour d’une table pour avancer sur la question des inondations.
Et prendre des mesures pour diagnostiquer les risques en amont, alerter les populations dès la connaissance du niveau d’eau des rivières et travailler pour que la Réunion ne devienne pas un département fragilisé par l’urbanisation à tout va où les inondations hors ravines se multiplient au fil des années.
Par quelles mesures se sont traduites ces bonnes résolutions prises il y a presque trente ans ?
Difficile de se satisfaire d’un système global d’alerte appelé "vigicrues" dont l’inefficacité a encore été prouvée jeudi dernier.
Plusieurs sites de mesure ne fonctionnaient pas à Saint-Joseph et à Saint-Pierre. Certains ironisent même en prêtant comme seul intérêt à ces stations de mesure du débit des rivières de rassurer les marcheurs qui voudraient randonner au sec sur les berges.

La tragédie du 3 décembre 2016 dans les hauts de Sainte-Suzanne où quatre personnes avaient été emportées par le courant au niveau du Bassin Boeuf après une brutale montée des eaux avait relancé le débat. Les autorités allaient-elles vraiment s’impliquer dans cette gestion du risque ?
Des études ont été menées, des systèmes ont été proposés et même expérimentés quelques mois.
Des sociétés spécialisées proposaient de commercialiser des dispositifs qui permettraient d’informer la population en temps réel. Une application sur GSM et son utilisateur serait informé du risque par un SMS. Rien de plus classique et qui existe déjà dans d’autres domaines comme le risque sur les routes ou le système d’alerte et d’information des populations (Saip).
La direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise (DGSCG) du ministère de l’Intérieur, en collaboration avec le Service d’Information du gouvernement (SIG), ont mis en place cette application d’alerte géolocalisée en cas de crise majeure (attentat, accident nucléaire ou alerte produits dangereux)
Les communes embarrassées par cette impossible gestion préfèrent quand le risque est imminent opter pour l’arrêté municipal qui les protège.
Et l’Etat dans tout ça ? Les communes plaident pour qu’il investisse dans des installations trop coûteuses pour elles. Les territoires à risques sont aujourd’hui clairement identifiés. Dix communes réunionnaises sont concernées. Ce qui représente une superficie importante pour le département.

Ces constatations plutôt alarmantes n’empêches pas les maires de poursuivre leur oeuvre et de distribuer des permis de construire qui aide a la surbanisation de l’île.
Mais l’homme ne peut pas lutter contre une loi physique. Et les spécialistes sont formels. Le bétonnage empêche l’eau de s’infiltrer dans le sol.
À la première crue, les rues se transforment en torrent et les habitants peuvent redouter le pire. Perdre leur culture, leur voiture, leur maison et peut-être une vie.

Bernadette Loubier - Le Quotidien / p.3