mercredi 28 octobre 2020

Chroniques de catastrophes annoncées…

Un cyclone fait forcément des dégâts, mais il est des communes où l’impact des intempéries a été aggravé par l’action des responsables politiques.

Alors certes d’aucuns invoqueront le réchauffement de la planète ou les mauvais esprits, mais comment expliquer aux Réunionnais qu’il est surprenant d’être confronté à une forte pluviométrie en saison cyclonique et que les eaux de ruissellement ne sont en rien prises en compte dans l’aménagement ? Prenons l’exemple de Saint-Leu, qui fut ces dernières années administrées par le phénix des maires de La Réunion, hyper-médiatique, fort en gueule, virtuose de la propagande et en campagne électorale permanente, toujours prompt à donner l’exemple et stigmatiser ceux dont il est jaloux. Saint-Leu est inondée à la moindre intempérie, et les deux derniers épisodes météorologiques n’ont pas manqué de mettre à mal les infrastructures municipales, les routes et les propriétés privées.

Thierry Robert qui jouait au petit reporter pendant l’alerte orange, à bord de son l’auto-rouge, a lui-même qualifié la situation de "catastrophe". Pour une fois on peut être d’accord avec lui. Mais a-t-il pensé aux dégâts provoqués par les écoulements torrentiels quand il a improvisé, en 14 jours avec le service Urbanisme de sa mairie, le permis d’aménager à sa façon la ZAC intercommunale du Portail à Piton Saint-Leu ? Pour faire ouvrir un boulevard à CBO et aux investisseurs portés par cet aménageur, la mairie jeté à la poubelle le dossier initial de création de la ZAC, approuvé par le TCO, et autorisé CBO à tailler dans le relief comme dans un gâteau, tranchant la pente naturelle du terrain qui était à 15% pour excaver un plateau découpé à la verticale dans la pente. Juste au dessus de ce vide artificiellement créé par l’excavation de 680 700 m3 de terre, de roches et de déblais, on trouve les premières maisons du quartier du Portail, et un peu plus haut, sa cheminée, classée. A la base de cette "falaise" aussi pourrie que celle qui surplombe la route du littoral, un mur de soutènement de 14,70 mètres de haut, extraordinairement hors normes, et des affouillements proches de 20 m de profondeur qui ne le sont pas moins. Le permis d’aménager a été obtenu trois semaines après les fouilles… Depuis on trouve un hyper-marché et d’autres commerces. Mais des effondrements en pied de falaise se produisent qui arrivent sur le parking de Leclerc, et le phénomène ne risque pas de s’arrêter… Autre conséquence de cet aménagement à la pelle à gâteau, l’énorme quantité de déblais extraite de relief pour créer le plateau commercial, 680 700 m3, soit l’équivalent de deux stades de foot recouverts d’une couche uniforme de 36 m de haut. Ces déblais on en retrouve une grande partie à Stella, 463 000 m3 sur 20m de haut, au dessus du cimetière marin qui a d’ailleurs été victime d’une énorme coulée de boue il y a quelques années, en 2012 précisément.

Et pour cause, il n’y a eu aucune prise en compte de la gestion des eaux pluviales dans ce dossier, tant sur la ZAC que sur la zone où les déblais ont été stockés sur 20 mètres de haut, avec quelle autorisation ? Affaire à suivre donc, d’ailleurs la Réserve marine a elle aussi largement dégusté à l’occasion de ces coulées de boue. Autre lieu marqué, le Plate Saint-Leu. Là encore, le cimetière a dégusté et les riverains en contrebas se sont retrouvés avec leurs cases et jardins jonchés de couronnes mortuaires, si ce n’est pire. Le Plate, c’est précisément le site d’une RHI qui a été cassée par le tribunal administratif car non conforme. Et pour cause, tout affairée à exproprier l’ancien maire Poudroux, le PLU a été oublié, la suppression de l’extension du cimetière de même… Jean-Luc Poudroux avait ironisé : "La mairie a voulu mettre des vivants à la place des morts", avec Berguitta, ce sont les morts qui sont allés au devant des vivants.

Comme quoi, Thierry Robert peut bien en appeler à la catastrophe naturelle et jouer les pompiers avec son gros l’auto rouge, la nature ne pardonne pas à ceux qui ne la respectent pas. Au-delà de Saint-Leu, on pourrait aller faire un tour au Tampon, là-bas les routes sont tellement bien tracées, qu’il suffit de fortes pluies pour qu’elles se transforment en ravines, les eaux passant sous le goudron. Il y a plus de 200 ans les Romains construisaient des voies qui existent toujours… TAK devrait s’en inspirer. Qu’y a-t-il sous la fine couche de goudron ?

Philippe Leclaire - Le Journal de l’île / p.3