mardi 27 octobre 2020

Le PS sur un fil

Comment s’opposer à En Marche en pactisant avec En Marche ’ Voilà l’équation posée au Parti socialiste péi. Une équation qui n’engage pas seulement les stratégies électorales - comme aimeraient nous en convaincre les dirigeants du PS - mais, à l’évidence, la ligne idéologique de ce que doit être la gauche de demain.

Hier, en conférence de presse, le panel était éclairant. D’un côté, Ericka Bareigts prête à ferrailler, avec la sincérité qu’on lui connaît, sur de vraies convictions de gauche : non à la suppression de l’impôt sur la fortune, non à la hausse de la CSG, non à la baisse des APL ! De l’autre, Audrey Bélim qui siégera aux sénatoriales si (ce qu’on lui souhaite sincèrement) son co-élu, désormais En Marche, Michel Dennemont respecte sa parole en lui cédant sa place. Et au milieu, toujours aussi louable de dévouement sincère envers son parti, Philippe Le Constant, premier secrétaire fédéral.

Lequel Le Constant, passionnément, a rappelé quelle était la ligne du Parti socialiste à La Réunion : "Nous avons un adversaire : la droite de gouvernement. Et nous avons réussi à faire en sorte que cette droite n’ait pas quatre sénateurs". Pas faux : à quelque 25 voix près, l’alliance Annette-T. Robert (pardon, PS-LPA) a réussi à couper un peu d’herbe sous le pied de la droite. En ce sens, l’efficacité du PS est incontestable : numériquement, il n’aurait pas dû avoir de sénateur, stratégiquement, il finit par en avoir une (à mi-temps, si on ose), sauvant la mise, ce qui leur permet d’exister, ce qui, en soi, n’est pas rien.

Sauf que Philippe Le Constant se méprend. Ce n’est plus la droite qui est au gouvernement, mais un attelage, un machin, qui se veut en même temps gauche et droite. Et le partenaire local du PS n’est pas un "progressiste" comme il le laisse croire. Alors qu’Ericka Bareigts s’apprête à batailler contre la réduction des injustices sociales, Thierry Robert, a toujours assumé sans rougir sa fortune personnelle. Alors que le PS, historiquement, a toujours tenté d’instiller une idéologie dans ses actes, son partenaire local ne jure que par le pragmatisme à tout crin. Pour le dire en peu de mots : tant que le PS, localement, sera acoquiné avec le populisme du LPA, ou avec En Marche, ou quelque autre centrisme ultralibéral, il restera coupé du vrai électorat de gauche. La preuve : alors même que Thierry Robert avait juré-craché que l’alliance avec le PS était faite pour durer, il fait savoir (sans qu’on ne lui ait rien demandé), le week-end dernier, qu’il soutient mordicus Cyrille Melchior, pur produit de la "droite de gouvernement" à la tête du futur conseil départemental. Si après ça le PS continue de croire à son progressisme !

David Chassagne - Le Journal de l’île / p.3