vendredi 07 août 2020

SDIS : Nassimah Dindar va s’expliquer devant la Chambre régionale des comptes

Nassimah Dindar va être entendue à sa demande dans les prochaines semaines par la Chambre régionale des comptes sur la gestion du SDIS dont elle préside le conseil d’administration. La nouvelle sénatrice entend donner sa réponse aux conclusions incendiaires du rapport provisoire qui dénonce une gabegie financière un laxisme coûtant des millions d’euros. On sait aussi que la justice pénale commence à s’intéresser au document.

Décidément, Nassimah Dindar et son avocat parisien, Me Jean-Michel Baloup, n’ont jamais autant fréquenté la belle case créole de la Chambre régionale des comptes, rue Alexis-de-Villeneuve. Rien à voir évidemment avec la traditionnelle audience solennelle ou encore les Journées du Patrimoine.

Jeudi dernier, celle qui est encore présidente du Conseil départemental s’est rendue dans les locaux de la juridiction financière pour se faire remettre en main propre le tome II du rapport sur le SDIS 974 portant sur la gouvernance, l’utilisation de moyens et la commande publique de l’établissement dont elle préside le conseil d’administration.

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Après les révélations du Journal de l’IŽle sur le contenu explosif du premier volume consacré à la rémunération et le temps de travail des pompiers et des agents administratifs, Nassimah Dindar a demandé aux magistrats de se faire remettre le second document en main propre.

Un "circuit court" en quelque sorte avec l’objectif évident de limiter la diffusion à d’autres membres de son staff ou de cadres du SDIS, et donc d’empêcher les fuites vers le JIR. Le rapport a ensuite été confié à son avocat. À en croire certaines informations qui transpirent de la collectivité, ce deuxième rapport serait aussi gratiné que le précédent.

Le lendemain, vendredi dernier, l’avocat parisien de Nassimah Dindar est retourné à la Chambre régionale des comptes. Toujours à sa demande mais, cette fois, au sujet du premier rapport. Comme lui permet le code des juridictions financières, Me Baloup a demandé à consulter les pièces qui ont été utilisées par le magistrat chargé des vérifications et de la rédaction du rapport.

Pour Me Baloup, cette visite s’inscrit dans le cadre d’une procédure contradictoire. Et samedi, l’avocat a donc produit ses premières réponses écrites à la CRC en reproduisant notamment des extraits de procès-verbaux de conseil d’administration du SDIS.

En premier lieu, Nassimah Dindar, par la voix de son avocat, explique qu’elle a donné une délégation de signature aux différents directeurs départementaux du SDIS 974. " Dans ces conditions, je laisse le soin à la Direction départementale d’apporter les réponses qui conviennent aux observations contenues dans le rapport provisoire, n’étant, bien évidemment, en rien responsable des dysfonctionnements mentionnés ". Autrement dit, les magistrats de la CRC feraient mieux d’interroger les anciens colonels du SDIS, ce que la procédure ne permet pas.

Nassimah Dindar ne répond donc jamais sur le fond à la collection d’observations étrillant la gestion la gestion du Sdis. Rien sur la gestion dispendieuse et inorganisée des ressources humaines, ni sur les versements illégaux de primes indemnitaires, l’absentéisme ou des systèmes de garde inadapté. Nassimah Dindar explique qu’elle-même a relevé bien des dysfonctionnements " regrettables " et charge la barque du colonel Jean-Marc Loubry, responsable tout désigné. La présidente du Conseil départemental botte aussi en touche en expliquant que ces " dysfonctionnements " (qui, au passage, coûtent des dizaines de millions d’euros à la collectivité et à l’État) " appartiennent au passé ". " Grâce aux mesures prises par le Conseil d’administration, le présent et l’avenir du SDIS, sous la direction du Colonel Berthouin (nommé en juin, NDLR), qui a toute ma confiance se présente sous de meilleurs augures ", ajoute Nassimah Dindar.

La présidente du Département et du conseil d’administration du SDIS répond plus en détail sur des emplois présumés fictifs au SDIS bénéficiant à des personnes employées à titre privé par Nassimah Dindar. Des recrutements qualifiés " d’irréguliers " par la CRC qui déplore que les règles légales aient été détournées. L’avocat de l’élu conteste que ces employés aient été payés par le SDIS quand ils travaillaient pour Nassimah Dindar à titre privé. Et note aussi, pour plusieurs employés, que si les contrats avec le SDIS n’ont pas été rédigés dans les règles de l’art, " force serait alors de constater que ce manquement s’inscrit dans la longue liste des dysfonctionnements du Groupement des ressources humaines ".

Nassimah Dindar a demandé aux magistrats de la Chambre régionale des comptes d’être entendue pour donner de vive voix ses explications. Reste maintenant à fixer une date. Cette audience n’aura peut-être pas lieu avant le mois de novembre dans la mesure où la présidente du conseil d’administration du SDIS dispose d’un délai de deux mois pour fournir des réponses aux deux rapports provisoires. Et il n’est pas exclu que son avocat fournisse une autre vague de réponses sur le premier rapport comme sur le second.

L’autre question qui apparaît comme une évidence à la lecture du premier rapport provisoire est celle d’éventuelles poursuites judiciaires. Le document fait apparaître des malversations présumées sur les soupçons d’emplois fictifs. Selon nos informations, la procureure financière de la CRC a rencontré, vendredi, le procureur général de la cour d’appel Claude Laplaud. Pas seulement pour une visite de courtoisie. La justice pénale s’intéresse donc de près au contenu de ce rapport. Mais elle ne devrait toutefois pas lancer d’enquête préliminaire avant la publication du rapport définitif de la CRC. Afin de savoir si, malgré les réponses de Nassimah Dindar, la Chambre des comptes maintient ses accusations.

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