jeudi 22 octobre 2020

Bertile claque la porte

Dans la foulée d’un scrutin décevant à la tête d’une liste soutenue par le PLR et le Progrès, Wilfrid Bertile annonce son départ du Parti socialiste.

Wilfrid Bertile et le Parti socialiste, c’est fini. Le Saint-Philippois, ex-mitterandien, était un pilier du PS réunionnais, qu’il avait contribué à fonder en 1974. C’est par une lettre adressée, hier, à Philippe Le Constant, le secrétaire fédéral, que l’ancien maire acte sa démission. "Plusieurs raisons motivent ce départ, notamment le renversement des alliances politiques de la fédération qui s’est alliée avec la droite et les conditions dans lesquelles il s’est effectué, écrit notamment Bertile. J’ai constaté combien le parti était instrumentalisé par quelques dirigeants. Le dernier congrès fédéral, au lieu de discuter des orientations, n’a servi que de tribune à un camarade pour se déclarer "premier des socialistes" aux régionales. Les instances dirigeantes sont des chambres d’enregistrement où j’ai vainement tenté de lancer des débats. Le parti n’arrive plus à parler aux travailleurs, aux classes populaires, à la jeunesse. Il n’a aucun projet pour La Réunion. Aucune solidarité n’existe entre les sections, chacune devant se débrouiller avec ses propres moyens. Comment développer le parti dans les "terres de mission" dans ces conditions ’ Nos dirigeants devraient s’interroger sur nos résultats électoraux de ces dernières années qui sont catastrophiques : on n’a plus qu’une municipalité, une parlementaire, un conseiller régional, deux conseillers départementaux !"

L’ultime point de rupture, c’est évidemment les élections sénatoriales qui ont eu lieu dimanche dernier. Soutenu par le PLR d’Huguette Bello et le Progrès de Patrick Lebreton, Wilfrid Bertile s’est finalement présenté contre la candidature "officielle" du Parti socialiste, marquée par une alliance surprise avec le LPA de Thierry Robert. "J’ai été clair dès le départ : voyant que le candidat désigné ne rassemblait pas, j’ai dit ma disponibilité pour unir le maximum de forces politiques sur un projet. Ce projet, je l’ai publié. Le rassemblement ne se faisant pas, je me suis mis à l’écart", rappelle Wilfrid Bertile qui vise alors, sans le nommer, Gilbert Annette, le maire de Saint-Denis. "Ce qui m’a fait changer d’avis, c’est le renversement d’alliance décidé par un seul en 48 heures, sans concertation, au détriment du parti. Jusqu’à présent, nous allions aux élections, seuls ou dans le cadre d’une union avec des forces de gauche. (...) Je ne suis pas contre un élargissement des accords à une partie de la droite à condition que la gauche soit d’abord rassemblée et que ce soit sur ses propositions. Ce changement a été acté par le bureau fédéral sous la houlette de quelqu’un qui n’en est même pas membre et avalisé par un conseil fédéral majoritairement à sa botte. J’ai alors décidé d’accepter la proposition des forces de gauche de conduire une liste de rassemblement sur la base d’un projet politique."

Pour élargir le cercle des grands électeurs du PLR et du Progrès, Wilfrid Bertile comptait sur les voix des socialistes déçus par l’alliance avec le LPA. Le "siphonnage" n’a pas eu lieu. Et le Saint-Philippois a dû se contenter de seulement 133 voix pendant que la coalition "LPA-PS" voyait sa tête de liste, Michel Dennemont, élue au Sénat. "C’est un grand honneur qui m’a été fait et ce rassemblement homogène est une garantie pour les combats à venir, retient Bertile. Je souhaite que le parti de Jaurès, de Blum, de Mitterrand et de Jospin, que j’ai créé ici et auquel je suis attaché, mette fin à ces errements, adopte un fonctionnement plus démocratique et soit fidèle à ses valeurs. Je ne doute pas alors que nous nous retrouverons pour d’autres combats pour le développement de La Réunion en faveur des plus démunis", conclut-il dans sa missive adressée à Philippe Le Constant.

Le journal de l’île / p.11