mercredi 12 août 2020

La Réunion doublement insoumise

Jean-Hugues Ratenon n’en démord pas : en pleine matinée dimanche, le député de la cinquième circonscription annonce " une véritable catastrophe sociale et sanitaire " en revenant sur la diminution du nombre de contrats aidés. Notre Cassandre réunionnais devra-t-i affronter un destin aussi détestable que celui du personnage (féminin) de la mythologie grecque, qui présidait l’avenir sans jamais être pris au sérieux ?

Question crédibilité, Ratenon l’insoumis n’aura aucun souci avec son camp en prédisant que " le pire est à venir ". Et qu’il faut se méfier des " manoeuvres " du gouvernement. Pour le député, la rallonge annoncée de 30 000 contrats ne serait que poudre aux yeux et on ne tardera pas à s’en rendre compte dans les écoles et les associations notamment. D’ailleurs, Emmaüs Réunion sonne le tocsin à ce sujet.

Le mouvement, spécialiste de la lutte contre la précarité prévoit de se retrouver lui-même dans une situation très précaire si ce dispositif, qu’il juge idéal pour l’insertion, fait les frais d’économies budgétaires.
D’ailleurs, le quasi-chef de file des Insoumis à La Réunion n’a pas attendu les prédictions lugubres d’Emmaüs pour prendre le pouls des acteurs du " social ".
C’est toute une organisation qui s’écroule, juge à son tour Amandine Ramaye, une fidèle d’entre les fidèles de Jean-Hugues Ratenon.

Il faut donc lutter, exhorte le parlementaire. Ce qui revient à continuer à ne pas se soumettre aux lois économiques dictées par Bruxelles. Parmi les premiers à lancer l’alerte, on ne serait pas étonné qu’il figure aussi parmi les derniers à tenir bon dans ses argumentations et dans son action.
Un tel constat n’est d’ailleurs pas surprenant quand on considère que le leader de Resistanz a fini par s’imposer aux législatives, en dépit même de quelques bâtons dans les roues, maniés en début de campagne par les Insoumis canal historique. Suspecté publiquement, et par voie de communiqué, d’utiliser abusivement le nom, l’image et la symbolique de Jean-Luc Mélenchon au profit de sa propre campagne, cette personnalité de l’Est, sans grandes troupes ni parti, ne s’est pourtant pas laissé impressionner.
L’actualité lui donne raison, lui que l’on voit régulièrement aux côtés de Mélenchon et qui ne doit pas être pour rien dans la décision du chef national d’honorer de sa visite, le week-end du 15 septembre, une île qui l’a propulsé en tête du premier tour de l’élection présidentielle.

À cette occasion, La Réunion avait clamé sa colère, son indignation face à la misère, sa révolte contre des niveaux de chômage et de pauvreté désespérement élevés. De ce point de vue, Jean-Hugues Ratenon, en se faisant élire député, est le dépositaire de ce mouvement d’opinion même si,pour lui, il n’y a aucune correction de trajectoire.L’insoumission est sa culture. Il lui doit aujourd’hui l’essentiel de ses galons politiques.
Toutefois, les Insoumis réunionnais montrent aussi leur degré d’autonomie vis-à-vis de leurs autorités nationales. Dans un communiqué, ils rappellent avoir été de tous les combats contre la loi travail, dite El Khomri.

C’est donc en toute légitimité, qu’ils appellent la population à participer au défilé organisé à Saint-Denis le 12 septembre par la CGTR, la FSU et l’Unef, quand, en métropole, la France Insoumise prendra part aussi aux manifestations mais seulement en tant qu’appui.
Contre le " coup d’état social " attribué à Emmanuel Macron, Président accusé de tentative d’homicide sur le code du travail, les Insoumis et leurs électeurs savent qu’ils peuvent compter sur la constance de leur député.

Thierry Durigneux - Le Quotidien / p.3