mercredi 12 août 2020

Thierry Robert reste porte-parole en son domaine

Depuis hier, Thierry Robert n’est plus le maire de Saint-Leu. Le député a laissé la place à son homme lige, Bruno Domen.

Entre deux maires, il y a souvent un bilan. Hier, lors de la passation de pouvoir entre Thierry Robert et Bruno Domen à la tête de la commune de l’Ouest de près de 30 000 habitants, le sujet n’a pas été éludé. Contraint par la loi sur le non-cumul des mandats, celui qui jonglait, depuis 2012, avec les casquettes de maire, d’élu territorial au TCO et de député, tout en étant passé préalablement par une vice-présidence au conseil général puis par un passage éclair à la Région, et par quelques recours juridiques pour les faire durer le plus longtemps possible, a dû se résoudre à faire un choix. Une simplification formalisée il y a plusieurs mois.

Hier, la transmission de l’écharpe de maire à Bruno Domen, son dixième adjoint, n’aura donc été qu’une simple formalité. Une seule voix du conseil municipal, celle de Daniel Hoareau, obligé de camper le rôle d’opposant, lui aura manqué pour s’asseoir dans la chaise en bois de tamarin de son pygmalion. Un passage de témoins auquel ont assisté des représentants des communes du TCO, à l’exception de celle du Port. Plus étonnant, deux candidats aux sénatoriales étaient présents : Michel Dennemont et Nassimah Dindar. Sans oublier André Thien-Ah-Koon venu expressément du Tampon claquer la bise aux deux prétendants à un fauteuil de sénateur.

Dans leurs interventions respectives, les deux hommes ont bien insisté pour dire à la population qu’il n’y aurait pas de changement de cap. "J’aime ma ville, La Réunion, ses paysages et je suis contre la carrière de Bois-Blanc !", a envoyé Bruno Domen sous une salve d’applaudissements. Il faudra donc juste s’attendre à un changement notable de style, de personnalité. Bruno Domen se présentant comme quelqu’un de "discret". Un homme marié, père de deux enfants qui, tout comme Thierry Robert, aura su faire dans l’immobilier et dans les bonnes œ“uvres sociales. Un homme de "Partage", du nom de cette association caritative qui aura servi de tremplin politique au binôme. Un administratif qui aura dirigé toutes les campagnes électorales victorieuses de son mentor et qui assume pleinement le bilan de ses mandatures.

Un bilan que les opposants aux maires, d’hier et d’aujourd’hui, ont tenu à faire, depuis l’hôtel Iloha. Séparément !

À la tête du collectif de la Société civile de Saint-Leu d’opposition, Vincent Defaud, aujourd’hui proche de Didier Robert, a estimé que Thierry Robert manquait à sa promesse de ne jamais quitter les Saint-Leusiens. "Thierry Robert préfère les ors des palais parisiens et certainement l’immunité parlementaire au mandat de maire", a fauché Vincent Defaud faisant allusion aux démêlés du député avec la justice dans l’affaire immobilière de la résidence Antony. Pour l’ancien écologiste, il ne fait guère de doute qu’en "quittant la mairie, [Thierry Robert] échappe à la crise financière, budgétaire et sociale qui couve à la mairie." "C’est son successeur qui va tout prendre dans la figure", prévient-il. Tout comme JoÀ« l Pontalba, élu de l’opposition, le collectif dénonce une gestion malsaine de la collectivité. Une dette de 51 millions d’euros au 31 décembre 2016 devrait forcément contraindre les trois années de règne de Bruno Domen, à leur sens. "La section investissement est en déficit de cinq millions d’euros", soulignent ceux qui se présentent comme des "lanceurs d’alertes". "De nombreuses recettes inscrites dans le budget n’ont jamais été encaissées, croit savoir Vincent Defaud. Le dernier budget ( !) était insincère. L’année prochaine les Saint-Leusiens mettront la main à la poche car il y aura une augmentation d’impôts." Beaucoup d’argent a servi, en 2016, à accentuer le budget fête (+ 53 %, 230 000 euros) ou le budget communication (+ 200 %, 90 000 euros), précisent-ils, tandis que le budget "bourse et prix aux scolaires" a chuté de - 70 %. Bref, pour le collectif, Thierry Robert part au bon moment et refile la patate chaude à son bras droit.

Une perception que ne partage pas l’élu de la 7e circonscription, redevenu simple conseiller municipal et, à la demande du nouveau maire, "porte-parole de la commune". Lui aussi s’est livré à l’exercice de l’auto-bilan de son passage en l’hôtel de ville. "Même ceux qui s’opposent constatent qu’il y a eu une très grande progression de la commune", a-t-il lancé dans la salle du conseil pleine comme un œ“uf. Je ne laisse pas à Bruno Domen une mairie qui ne peut pas se développer." L’édile aurait pu argumenter. Mais non, il s’est hasardé à évoquer un rapport de la Chambre Régionale des Comptes (CRC) en cours de rédaction dans lequel il lui serait reproché "d’avoir trop embauché, fait trop de CDI, d’avoir trop titularisé, d’avoir trop concédé de primes et d’avoir mis en place la mutuelle." Une litanie de griefs que le partant a balayée d’un revers de main : "Moi, je suis totalement fier d’avoir pérennisé la situation de certains." Bruno Domen n’aura pas la même latitude. Avant de laisser la place, Thierry Robert a décidé de geler les carrières du personnel communal et d’empêcher de nouvelles embauches. Jusqu’au prochain épisode.

Le Journal de l’île / p.6