vendredi 30 octobre 2020

Le fleuve tranquille des ordonnances

Vous avez détesté l’arme constitutionnelle du 49-3 pour faire voter la loi El Khomri ? Vous allez haïr les ordonnances Macron. Voici pourquoi.
En juin 2016, le gouvernement Valls avait fait adopter le projet de loi travail en dégainant la fameuse disposition constitutionnelle permettant de voter sans les députés.

Le passage en force du Premier Ministre de l’époque, victoire parlementaire indéniable, s’avéra fort coûteux politiquement. On a vu la suite ...
Depuis la campagne présidentielle, on savait qu’Emmanuel Macron éviterait ce risque de fiasco. Il a prévenu : le droit du travail serait réformé bien au-delà de ce que Myriam El Khomri avait mis en oeuvre. Et bien qu’approfondie, la réforme serait express, d’où le choix de se passer du Parlement pour l’essentiel.

Sur le fond, les cinq ordonnances correspondent aux promesses de campagne. Du plafonnement des indemnités prud’homales à la négociation sans syndicat dans les petites entreprises en passant par la simplification des instances de représentation, nul ne devrait se sentir trahi. Macron avait annoncé la couleur.
Il a beau jeu aujourd’hui d’estimer à haute voix que les Français ont déjà approuvé sa politique de libéralisation du travail.
La satisfaction des organisation patronales et les critiques, voire l’hostilité des syndicats de salariés ne devraient étonner personne.

Sur ce dernier plan, celui de la contestation, le recours aux ordonnances oblige les opposants syndicaux et politiques à réagir vite puisque le même principe de ces décrets pris en conseil des ministres dès le 22 septembre, court-circuite les discussions parlementaires qui accompagnent toute réforme de l’ampleur de celle qu’Édouard Philippe et Muriel Pénicaud ont présentée hier.
Or la CGT eb métropole et la CGTR sur notre île manifesteront en quasi solo le 12 septembre. Les autres organisations syndicales battront le pavé, à la Réunion et en Métropole, plus tard encore.

Thierry Durigneux - Le Quotidien / p.3