vendredi 07 août 2020

La Réunion vieillit mais aime toujours les bébés

L’Insee dresse le bilan de 60 ans de population à La Réunion, une île où tout est allé très vite, où l’on vit plus longtemps mais où le déséquilibre entre générations s’accentue.

La population augmente moins vite...

En 2015, nous étions 815 000 habitants, à La Réunion. Un chiffre qui croît sans cesse, mais plus lentement que par le passé. Dans la décennie 2010, le rythme moyen est de l’ordre de +0,6% par an, contre +1,5% annuel dans la décennie 2000 et +1,9% dans les années 90. Nous sommes tout de même encore au-dessus de la moyenne nationale (+0,5%).

 ! car les naissances restent supérieures aux décès !

14 010 naissances contre 4 530 décès en 2015, c’est-à-dire un solde naturel de 9 500 personnes, un chiffre "stabilisé depuis dix à quinze ans", selon l’Insee. Pourtant, le nombre de décès augmente, logiquement, en raison du veillissement général de la population. Les générations issues du baby-boom d’après-guerre arrivent aujourd’hui à des âges élevés.

 ! mais on quitte davantage La Réunion.

Dans la décennie 2000, 2 100 personnes émigrent, quasi-exclusivement des 15-25 ans qui partent pour des études. Evidemment, il en partait beaucoup plus entre 1975 et 1982, époque du Bumidom. Mais dans les années 80 et 90, le solde migratoire était redevenu positif : la crise rendait la métropole moins attractive et, dans le même temps, l’économie locale avait besoin d’actifs.

Les Réunionnaises font encore beaucoup de bébés !

En 2015, la moyenne est de 2,46 enfants par femme, contre seulement 1,92 en métropole. Mais bien sûr, ce chiffre a chuté en soixante ans. En 1955, il était de 7 enfants par femmes, et était tombé à 3 enfants dans les années 80. Aujourd’hui, le taux de fécondité local est "du même ordre que dans les pays d’Asie du Sud-Est".

 ! et deviennent mamans plus tôt qu’en métropole.

Ici, l’âge moyen des mères est de 28,8 ans, contre 30,6 ans en métropole. La précocité est particulièrement visible sur la tranche d’âge 15-24 ans. Le phénomène des mères mineures est ici encore très fort : 370 enfants en 2015, soit 2,6% des naissances (0,5 % seulement en métropole).

L’espérance de vie a grimpé très vite !

Aujourd’hui, elle est de 84 ans chez les femmes et 77 ans chez les hommes contre, respectivement, 54 ans et 48 ans en 1953. Autrement dit, "en soixante ans, elle a progressé de six mois par an, grâce à l’éradication du paludisme, l’amélioration de l’alimentation, de l’hygiène, la mise en place d’infrastructures de santé..." L’écart avec la métropole n’est plus que de 2 ans (contre 16,5 ans en 1953). Mais les pathologies chroniques telles que diabète ou hypertension freineront peut-être la convergence complète avec la France continentale.

 ! mais on meurt davantage.

En 2015, 4 530 décès, soit le nombre le plus élevé jamais observé dans l’histoire. Les hommes réunionnais meurent plus jeunes que les femmes : la moitié d’entre eux n’atteint pas 69 ans (80 ans chez les femmes). La raison : "des comportements à risques plus fréquents, des conduites addictives telles que tabac ou alcoolisme et davantage d’accidents de la route". La mortalité infantile reste deux fois plus élevée qu’en métropole : entre 6 et 8 décès pour 1 000 naissances.

Le déséquilibre jeunes/vieux se creuse...

C’est même impressionnant. En 1967, on comptait 11 jeunes (moins de 20 ans) pour 1 senior (plus de 60 ans), alors qu’aujourd’hui, le rapport est de 2 jeunes pour 1 senior. À‡a reste mieux qu’en métropole où l’équilibre est atteint (1 jeune pour 1 senior) mais ça illustre le changement radical de structure de la société. En 1967, les seniors représentaient 5% de la population, aujourd’hui ils sont 16 %, soit trois fois plus. En 1967 toujours, les moins de 20 ans formaient 56% de la population, aujourd’hui seulement 31%.

 ! mais La Réunion reste le troisième département français le plus jeune

Devant elle, Mayotte et la Guyane. Aux Antilles, en revanche, l’évolution démographique est bien différente : on compte beaucoup plus de départs vers la métropole (ou ailleurs) et la population est plus vieillissante. En Martinique, la population a même tendance à diminuer.

Le Journal de l’île / p.14