lundi 26 octobre 2020

Le mariage forcé

Gilbert Annette, pour le PS, et Thierry Robert, pour le LPA, ont officialisé hier la naissance de leur "coalition réunionnaise".

Choisir une brasserie pour officialiser un accord qui relève un peu de la tambouille relève d’une certaine logique. Rendez-vous donc hier matin à la "Gare du Nord" dans le chef-lieu pour la signature officielle de la "coalition réunionnaise". Co-signataire, au nom du LPA, Thierry Robert a voulu l’instant très solennel. Quitte à en faire beaucoup trop : "Ce 31 août est une date importante qui restera gravée. Aujour-d’hui, nous mettons en terre une graine appelée à grandir sur le long terme. Pour enfin proposer aux Réunionnais une offre politique qui corresponde à leur besoins".

Quelques instants plus tôt, Gilbert Annette avait fait plus sobre pour justifier ce surprenant accord validé par le conseil fédéral de son parti, mardi soir. "Depuis le début, nous étions pour ces sénatoriales dans une logique de rassemblement pour avec les forces de progrès susceptibles de s’opposer aux forces conservatrices de la Plate-forme de la droite", a expliqué le maire de Saint-Denis, au nom du PS Réunion qui a finalement penché à droite après l’échec des négociations avec le PLR d’Huguette Bello, jugé trop gourmand au regard de sa représentation parmi les grands électeurs.

"Je suis tout à fait l’aise avec notre stratégie. C’est une question de responsabilités", poursuit Gilbert Annette, "quatre représentants de la droite réunionnaise au Sénat ’ Ce n’est tout simplement pas possible ! Nous devions tout faire pour éviter ça."

Oubliées, donc, les bisbilles Annette - Robert qui ont animé les législatives de juin. "Il faut tourner la page. Ce sont des péripéties qui appartiennent au passé et qui font partie de la vie politique", dit le maire de Saint-Denis. "La vérité, c’est que Max Dubois (ndlr : le monsieur Outre-Mer de la campagne d’Emmanuel Macron) a voulu semé la zizanie entre nous. Et bien, c’est raté", fanfaronne celui de Saint-Leu.

Le LPA Michel Dennemont conduira donc aux sénatoriales la liste baptisée "coalition réunionnaise".

En cas d’élection, le maire des Avirons s’engage à céder son siège au bout de trois ans, à mi-mandat, à la jeune dionysienne Audrey Belim, qui se retrouve en deuxième position, devant son collègue socialiste Christian Annette. La liste n’est pas encore complète. C’est, note Thierrt Robert, une main tendue vers "En Marche" qui a déjà officiellement investi Brigitte Hoarau.

"Sur les six places, il en reste deux pour le LPA. Nous proposons d’en céder une à la République en Marche. Le parti du président, qui ne doit pas répéter sa stratégie désastreuse des législatives, sortirait grandi s’il acceptait notre offre", assure le patron du LPA.

Gilbert Annette et Thierry Robert ont fait leur compte. Sur les quelques 1300 grands électeurs qui voteront en préfecture le 24 septembre prochain, ils estiment pouvoir compter sur 260 voix au minimum.

À quelques suffrages près, ce devrait être trop juste pour décrocher un siège de sénateur. "C’est vrai", reconnait Gilbert Annette, "nous avons donc encore beaucoup de travail pour convaincre les indécis qui peuvent faire pencher la balance".

A peine née, la "coalition" jouera une partie de son avenir. Même si Thierry Robert voit beaucoup plus loin : "J’espère que Huguette Bello reviendra à de meilleurs sentiments à notre encontre car nous devons encore élargir cette coalition. Avec cet accord, on se projette très loin".

Au moins jusqu’à 2021, l’année des régionales. Si personne ne le dit ainsi, c’est pourtant la toile de fond, déjà, de cette alliance.

Le Journal de l’île / p.13