lundi 26 octobre 2020

Zembrocal politique

S’il est un scrutin qui donne raison à ceux pour qui la politique ressemble souvent à de la tambouille, ce sont bien les élections sénatoriales.
Alors qu’approche le jour du vote, le 24 septembre, les 1300 grands électeurs sont de plus en plus courtisés et les cuisines électorales communales tournent à plein régime : plus de 90% d’entre eux sont des délégués des conseils municipaux.

L’élection exigeant au minimum 250 votes pour qu’une liste ait quelque chance d’être représentée au Sénat, les opérations de lobbying vont de bon train et les calculettes surchauffent.
D’où, à chaque fois, des alliances de carpes et de lapins aussi improbables qu’inefficaces. Et tout ça pour composer une caces. Et tout ça pour composer une chambre haute qui apparait régulièrement comme l’institution républicaine de trop même su les différentes tentatives d’effacement du Sénat ont échoué.
Le millésime 2017 n’échappe pas à la tradition du zembrocal politique.
Comme on pouvait s’y attendre, les tractions ont achoppé entre le Parti Socialiste et pour La Réunion, le PLR d’Huguette Bello, qui apparaissait pourtant comme l’allée naturelle des socialistes. N’ont-ils pas affronté ensemble la liste de Didier Robert à l’occasion du premier tour de l’élection régionale ?
L’accord était impossible, nous dit-on, du fait de la présence de Christian Annette en position éligible.

Dans l’actuelle liste formée avec le LPA, La Politique Autrement de Thierry Robert, le frère du maire de Saint-Denis n’est pourtant qu’en troisième position ... loin derrière la tête de liste, Michel Dennemonnt et la socialiste Audrey Belim. La raison du recentrage socialiste est donc ailleurs sans qu’on sache clairement où. La liste pourra compter au minimum sur les grands électeurs de Saint-Denis, Saint-Leu et des Avirons tandis qu’une liste PS-PLR aurait pu compter sur ceux de Saint-Denis et du Port. L’avantage numérique découlant du choix arrêté par le conseil fédéral du PS n’a donc rien de très probant.

Ce qui est en revanche limpique, c’est le déclin socialiste. Rappelons-nous qu’à l’issue des précédentes sénatoriales, le PS qui affichait une liste homogène a obtenu un élu, Michel Vergoz. Avec 283 électeurs, le PS renouait avec le succès connu vingt ans plus tôt avec l’élection d’Albert Ramassamy, premier sénateur socialiste réunionnais élu en 1983.
Les temps ont changé et désormais le Parti Socialiste est contraint de faire alliance avec qui il peut : cette fois le PS enverra peut-être un centriste, Michel Dennemont, au Sénat.

Cette situation renvoie à celle de 2011 où le PCR, en perte de vitesse, avait dû s’appuyer sur le ... MoDem, (LPA n’existant pas encore). Résultat : au lieu des 450 votes théoriques, 360 issus de l’Alliance PCR et 90 en provenances des rangs centristes et modérés, la liste n’avait été créditée que de 296 suffrages. Plus de 60 grands électeurs communistes avaient fait défaut sans doute par refus de cautionner une alliance jugée contre nature.
Pourtant Jean-Paul Virapoullé, lui-même candidat malheureux, avait à l’époque accusé ses concurrents, Didier Robert en tête, d’avoir "mis en place une tactique" consistant à attirer sur leur liste les voix de ses adversaires communistes à Saint-André.
Dans ce cas, le zembrocal s’était mué en exercice virtuose de retournement de vestes.

Thierry Durigneux - Le Quotidien / p.3