lundi 26 octobre 2020

Le PLR fait sa tournée des amitiés

Après l’annonce du ticket surprise PS-LPA pour les sénatoriales, les formations progressistes vont devoir se retrouver pour redéfinir une nouvelle stratégie.

Entre consternation et réaction. Hier, une partie de la gauche a eu les pires difficultés à dissiper la gueule de bois occasionnée par l’ingurgitation du cocktail sénatorial PS-LPA. Une potion inattendue à son goût, concoctée par Gilbert Annette et Thierry Robert a base de Michel Dennemont, en première place sur la liste pour trois ans, d’un soupçon d’Audrey Belim [ex-attachée parlementaire de Monique Orphé, Ndlr] amenée à se diluer dans une bonne dose de Christian Annette pour le reste du mandat. Et sans la moindre dose de PLR, de Progrès ou le moindre zeste d’Europe Ecologie-Les Verts.

Selon les observateurs, c’est évidemment la place accordée à Christian Annette qui a dénoué l’intrigue. Thierry Robert aurait été plus prompt à accepter le partage du mandat proposé par le maire de Saint-Denis qu’Hu-guette Bello... Contrairement à la droite, la gauche ne partira donc pas unie à la bataille.
Hier, le PLR s’est retrouvé en mode cellule de crise. Communication verrouillée. Seul Olivier Hoarau, maire du Port, était habilité à s’exprimer sur le sujet. (Il n’a d’ailleurs rien dit).

Huguette Bello et Emmanuel Séraphin, eux, ont planché sur une d’autres ébauches de liste que celles qui furent discutées avec Gilbert Annette. De nouvelles hypothèses qui serviront de base aux pourparlers dans lesquels il va bien falloir entrer avec les écartés de la liste Annette-Robert. Tout est ouvert : des progressistes de Saint-Joseph, à la majorité ou plutôt aux oppositions possessionnaises en passant par Saint-Benoît ou Saint-Louis... tous les grands électeurs déboussolés par l’alliance PS (fédéral)-LPA, deux formations macron-compatibles, seront probablement contactées dès aujourd’hui. “On est en train de faire le tour des amitiés”, s’est contenté de dire avec gravité un membre du PLR. Philippe Robert, élu d’opposition de La Possession, ne crache pas sur le ticket PS-LPA mais estime qu’il serait bon de réunir l’ensemble de la famille communiste. PLR et PCR ont déjà dégelé leur relation avant les législatives.

Situation inédite

Le PCR n’as rien fait pour barrer la route à Huguette Bello dans la deuxième circonscription. “Un geste significatif”, dit-on au parti. Les directions des deux formations sont toujours en contact depuis. “Gélita Hoarau est la candidate sortante. Elle a reçu mandat pour rassembler l’ensemble des forces de progrès”, ajoute Ivan Dejean, secrétaire du parti. Si les discussions à venir portent sur des principes avant d’évoquer les personnes, le PCR se dit ouvert. Mais il devrait tout faire pour imposer la suppléante de – feu - Paul Vergès comme tête de liste et proposer en retour “un partage de responsabilités”. Les prémices d’une réunification qui ne dit pas son nom et qui pourrait refroidir les instances du PLR. Le parti d’Huguette Bello avait réclamé la tête de liste à Gilbert Annette en lui soumettant le nom d’Emmanuel Séraphin.

A Saint-Joseph, les dirigeants du Progrès mesurent pleinement l’enjeu, les coups de billard à trois ou quatre bandes et la part d’intox dans les positionnement des uns et des autres. Hier, tous étaient étonnés d’apprendre qu’Huguette Bello aurait proposé au PS, une liste comprenant un des leurs. C’est avant tout pour dissiper le flou politique actuel que les progressistes prendront part au plan concerté. “Ça va se faire dans les prochains jours et même dans les dernières heures”, selon un proche de Patrick Lebreton.

Seul Wilfrid Bertile semble avoir décidé de lâcher prise. Il continuera à porter son projet en dehors des combines d’appareil. Il s’était dit prêt à soutenir Christian Annette mais certainement pas Michel Dennemont. “La situation est inédite, analyse-t-il, puisque pour la première fois la droite fera le Grand Chelem. Michel Dennemont n’appartient pas à la gauche aux dernières nouvelles. Beaucoup d’élus socialistes seront déboussolés par cette triste mascarade”. Les lignes vont assurément bouger. Sur le papier, le PS et le LPA peuvent atteindre le seuil des 225 grands électeurs qui leur permettrait d’avoir un siège pour deux. Dans les urnes, ce sera peut-être une autre histoire. Les autres formations de gauche ont jusqu’au 8 septembre (18 h) pour déposer une liste en préfecture.

Le Journal de l’île / p.11