jeudi 22 octobre 2020

Du sous-Macron un brin makro

Pour la gauche péi, les sénatoriales prennent une tournure de farce électorale ou peu s’en faut… Les parties en présence sont incapables à elles seules de rassembler un nombre de grands électeurs autorisant l’obtention d’un sénateur. Le PS des villes cornaqué par Gilbert Annette espérait rassembler sur le frère de Gilbert, Christian, opposant sainte-marien plutôt vertueux, de quoi atteindre la masse critique nécessaire en réactualisant le principe de l’alliance du second tour des régionales 2015, à savoir PS, PLR (Huguette Bello), LPA (Thierry Robert) et qui sait, quelques cocos à la dérive…

Mais le deal envisagé présentait le désavantage de rebuter beaucoup de monde ; tout d’abord parce que des Annette et apparentés, il y en a déjà pas mal, donc la perspective d’un Annette sénateur, même prénommé Christian, d’aucuns y étaient franchement allergiques quand, d’autres revendiquaient pour leur bord la place éligible et non point le strapontin, même dans la perspective d’une élection à tiroir qui aurait vu siéger à tour de rôle sénateur et suppléant(-e). Wilfrid Bertile, toujours sur les bons coups, avait bien senti la nécessité d’une candidature de "rassemblement" et annoncé la sienne, avec programme et bouquin, mais l’ex-barbu sudiste fait plus figure historique que candidat d’avenir… Exit Wilfrid qui osait résumer l’histoire politique locale depuis les années 70 comme suit : "Je pourrais vous refaire les mêmes discours que ceux que je tenais en 1971 lorsque je suis devenu maire de Saint-Philippe à 25 ans : chômage, planteurs, illettrisme, logement". Un peu décourageant, même pour des Socialistes impénitents.

Gilbert Annette secondé par son missus dominicus Philippe Le Constant, accessoirement secrétaire départemental du Parti socialiste, a donc soufflé sur Annette Christian et espéré une triple alliance PS-PLR-LPA ; restait à caser dans la même combinaison le Séraphin (Emmanuel) de Mme Bello, son exécuteur testamentaire politique saint-paulois et Michel Dennemont, qui était resté sur le carreau avec le reste du LPA suite au pshitt du petit complot tenté avec Nassimah Dindar et Michel Fontaine. Le PLR et le LPA avaient chacun quelques dizaines de grands électeurs à vendre au plus offrant, une soixantaine de suffrages pour le premier, un peu moins de 90 pour le second… Faute de pouvoir assurer le soutien ou le ralliement des deux particules dévouées à la carrière politique de Mme Bello et de Thierry Robert, c’est finalement le plus riche des deux qui a réussi à placer ses billes auprès de Gilbert Annette, ce dernier concédant sans grande souffrance, une première place à Michel Dennemont, pendant que le Séraphin allait bricoler ailleurs, le PLR jugeant que les deux conjurés n’étaient pas assez progressistes pour elle. Sans doute les camarades du Progrès le seront-ils, faute de mieux, ralliés dans la foulée par quelques écolos en goguette genre Marchaud, dont l’appel historique au rassemblement de la gauche a fait long feu.
Gilbert Annette ne visait pas l’union de la gauche, tout au plus entendait-il se rapprocher arithmétiquement de la masse critique pour obtenir un élu, ajoutant les 160 grands électeurs - à la louche - qu’il escompte au renfort du LPA, soit le plancher pour espérer accrocher un siège. Inutile dans ces conditions de négocier plus loin, de jouer les régionales à venir sur la base de calculs par trop datés et de rapports de force instables.
Michel Dennemont sort donc apparemment comme étant le grand vainqueur de ce jeu de bonneteau électoral, Christian Annette s’escamotant à la troisième place difficilement éligible, pendant que la seconde est offerte à une providentielle inconnue, ou peu s’en faut, Audrey Bélim du PS dionysien. Alternance oblige c’est elle qui devrait succéder à Michel Dennemont en cours de route, si elle ne se retire pas au profit de Christian Annette par un subit élan de solidarité. Jean-Luc Saint Lambert est aux fraises et Philippe Le Constant, ravi, comme de bien entendu.

Dans cette histoire, on passe sous silence la débandade annoncée du PCR avec Gélita Hoarau qui, sauf miracle marxiste, ne retrouvera pas le siège que lui avait laissé in extremis Paul Vergès, on élude l’aventure solitaire Miranville et on s’interroge sur la portée de la candidature symbolique d’En Marche avec Brigitte Hoarau… La macronisation des mœurs politiques a particulièrement affecté la gauche locale, et la franchise néo-centriste du LPA, il faudrait plutôt parler d’ersatz du Centre, Thierry Robert et son LPA personnel étant makroniens avant même que le concept soit inventé par l’authentique Macron.

Philippe Leclaire - Le Journal de l’île / p.3