lundi 10 août 2020

Patrons et salariés mobilisés pour sauver la filière BTP

Ils sont remontés. Patrons et syndicats de salariés s’apprêtent à descendre dans la rue le 5 septembre prochain. Sans vision pour 2018, ils réclament un véritable Plan Marshall pour le BTP réunionnais. Ils espèrent mobiliser plus qu’en 2010 et attendent une réponse politique et économique.

Nous le révélions la semaine dernière (notre édition de vendredi), le mon-de du BTP s’apprête à descendre dans la rue le 5 septembre prochain. Comme en 2010, le patronat et les syndicats de salariés se mobiliseront pour défendre leur activité. "Nous sommes dans une situation d’abandon de la filière", souligne le président de la Capeb Cyrille Rickmounie. Autour de lui, la FRBTP, la CGTR, la CFDT et une vingtaine d’autres organisations professionnelles se sont regroupées en intersyndicale*.

"C’est la même chose qu’en 2010. Nous avons perdu un tiers de nos effectifs, 4 000 entreprises ont disparu et le chiffre d’affaires du BTP est passé de 2,3 milliards d’euros à 1,3 milliard d’euros. Nous sommes même à moins d’1 milliard d’euros si l’on enlève la NRL", prévient le président de la FRBTP Bernard Siriex. Le syndicat constate une disparition des emplois et une multiplication des procédures de liquidation judiciaire des entreprises devant les tribunaux de commerce.

"Il y a un vrai risque de disparition de nos capacités de production, de déséquilibre du modèle économique et social." Aux côtés des "patrons" les syndicats de salariés se sont joints au mouvement. "Nous serons présents le 5 septembre. Nous appelons 100 % des salariés à descendre dans la rue avec les patrons pour sauver la branche. Si la situation était la même en métropole, la réaction aurait été plus rapide au niveau de l’État", explique le secrétaire départemental de la CGTR-BTP, Jacky Balmine. Même constat pour le secrétaire de la CFDT-BTP, Johny Lagarrigue : "Nous voulons de la visibilité pour l’avenir."

Les patrons du BTP réclament en urgence un "Plan Marshall" pour le secteur avec relance de la commande publique. "Nous devons avoir une réponse politique et économique. Nous ne devons plus être victimes d’une situation que nous n’avons pas choisie. Il faut relancer la construction le plus tôt possible à La Réunion", réclame la FRBTP. Aujourd’hui, 85 à 90 % du secteur du BTP sont soutenus par la commande publique et il y a très peu d’investissements privés.

Tous sont très critiques sur les effets du Plan Logement Outre-mer et l’intersyndicale attend énormément des décisions qui seront prises à Paris. "Cela concerne le nécessaire maintien de la LODEOM." Le BTP demande également le retour du FRAFU (Fonds Régional d’Aménagement Foncier et Urbain) à son ancien niveau par la Région et le déblocage des fonds pour la réhabilitation du parc social ancien. "Une enveloppe de 800 millions d’euros dont nous demandons son application." Toujours au rayon des demandes, le secteur réclame au Département la mise en place de son plan de suppression des ravines. Ces doléances seront transmises par écrit à la Région, au Département et à la préfecture sous forme de motion le 5 septembre.

Comme la majorité des décisions se joue à Paris, la "Réunion Économique" a adressé un courrier en ce sens au président de la République (lire par ailleurs). "Nous ne voulons pas que les mesures d’investissement disparaissent. Nous attendons des annonces et des réactions avec les prochaines Assises de l’Outre-mer. La filière est dans l’angoisse", poursuit Bernard Siriex.

"Si demain nous n’avons plus d’avantages fiscaux (défiscalisation, N.D.L.R.) à La Réunion, il n’y aura plus d’investisseurs", ajoute Éric Wuillai, président de la Fédération des Promoteurs Immobiliers de La Réunion. "Nous alertons sur l’impérieuse nécessité de sauvegarder l’outil. Je rappelle qu’un logement est égal à 2 emplois."

L’intersyndicale peste et n’a pas de visions pour l’année 2018. Se sentant écoutée en 2010, elle se demande 7 ans plus tard où sont passés les efforts consentis par l’État. "La parole n’a pas été respectée", selon les patrons du BTP. L’effet domino de la mauvaise santé du secteur entraîne le risque de disparition des filières de formation faute de débouchés dans les filières. Le secteur du BTP perd en moyenne 400 apprentis par an. "C’est du gâchis" pour Cyrille Rickmounie.

S’ils ne sont pas entendus, les professionnels du secteur comptent bien amplifier le mouvement. "Tout va dépendre du degré d’écoute", préviennent-ils. Pour la suite, toutes les actions possibles sont sur la table. "Nous ne sommes pas dans une action one-shot", souffle Bernard Siriex. Un blocage économique des chantiers n’est pas exclu, voire plus. "Ce n’est pas impossible. Nous ne sommes pas pour le blocage de l’économie réunionnaise mais c’est un véritable cri d’alarme que pousse la profession." Le nouveau préfet est prévenu.

Le Journal de l’île / p.12