mercredi 05 août 2020

Garde d’enfants : le boom des micro-crèches

La Réunion rattrape peu à peu son retard en matière d’accueil des jeunes enfants : en deux ans, le nombre de places a augmenté de 11%. Les micro-crèches séduisent particulièrement les parents. Malgré tout, le nombre de places reste insuffisant face aux besoins.

Si la rentrée scolaire vient tout juste d’avoir lieu, le rush pour les crèches et micro-crèches, c’est depuis le mois de juin. C’est en effet à partir de cette période qu’avec l’entrée à l’école d’une grande partie des enfants le plus de places se libèrent dans les différentes structures. Et que les listes d’attente subissent un sérieux coup d’accordéon.

Mais la Réunion manque encore de places en matière de garde des jeunes enfants : de nombreuses futures mamans sont obligées de s’inscrire sur listes d’attente souvent dès le début de leur grossesse pour espérer avoir une place en fin de congé maternité. Il faut dire qu’avec quelque 63000 enfants de moins de 4ans et une moyenne de 14000 naissances par an, la Réunion connaît un contexte démographique bien plus dynamique qu’en métropole.

« un accueil personnalisé de l’enfant »
Pourtant, ces dernières années, sous l’impulsion des différents « Plans crèches » lancés par le Département et l’Etat, l’île a bénéficié d’une réelle diversification des modes de garde avec l’explosion des micro-crèches et le lancement des maisons d’assistantes maternelles (MAM). Actuellement, le Département recense 6330 places agréées (contre 5689 en 2015). Les micro-crèches sont maintenant plus nombreuses que les crèches classiques : on compte 193 micro-crèches pour 113 crèches sur l’île. Entre 2015 et 2017, ce sont pas moins de 641 nouvelles places qui ont vu le jour, soit une progression de 11%. Et ce n’est pas fini. 25 créations d’établissements sont en cours, 11 crèches et 14 micro-crèches : 648 nouvelles places s’ajouteront dans les prochains mois.

Entre les crèches, les micro-crèches, les maisons d’assistantes maternelles et les enseignes privées de garde à domicile, le choix est désormais vaste pour les parents. Depuis 2009, le format des micro-crèches, qui peuvent accueillir jusqu’à 10 enfants, a connu un essor important et sont aujourd’hui présentes sur toute l’île. Leader du secteur, le réseau Crèche and Go co-fondé par Amélie Gronier en 2009. Dès sa première année d’activité, le concept cartonne : sept micro-crèches voient le jour. Aujourd’hui, le réseau compte 44 micro-crèches (deux ont ouvert la semaine dernière à Terre Sainte) et 4 crèches multi-accueil allant de 26 à 50 places sur toute l’île. Au total, Crèche and Go gère actuellement 575 places, pour quelque 800 familles accueillies. Si des parents se sont déjà pré-inscrits pour 2018 (Saint-Denis, Saint-Pierre et la Possession étant les villes le plus tendues), il reste quelques places dans l’Ouest. Il faut dire que la liste d’attente compte encore 522 demandes à ce jour.

« Quand nous nous sommes lancés avec mon mari, le concept de micro-crèche était une simple expérimentation à la Réunion : la Caisse d’allocations familiales voulait que nouveaux acteurs émergent en dehors des crèches municipales ou des structures associatives », explique Amélie Gronier, directrice générale de Crèche and Go. « Les micro-crèches plaisent aux parents car ce sont des petites unités de vie qui permettent un accueil personnalisé de l’enfant et une vraie proximité avec les familles. En interne, tout est plus simple à gérer au niveau des activités, même si tout l’équipement est désormais strictement le même qu’une crèche classique car la PMI (protection maternelle et infantile) a les mêmes exigences pour toutes les structures. Entre juin et août, 40% de nos places sont libérées avec la rentrée
scolaire. »

« Les contrats sont de plus en plus ajustés »
Mais le réseau qui emploie 250 salariés est en pleine expansion et fourmille de projets. En septembre, une micro-crèche ouvrira à la Providence (Saint-Denis) : les dix places sont déjà prises. Une crèche de 60 places s’implantera à la Technopole de Saint-Denis en novembre. Deux nouvelles micro-crèches doivent s’installer à la même période au Portail à Saint-Leu. Ce seront 90 places supplémentaires qui verront le jour avant la fin de l’année. Le réseau gèrera donc 665 places.
Au siège de Babyland, principale association de crèches à la Réunion employant 320 salariés, l’effervescence est retombée. Les 23 établissements (dont 4 micro-crèches), qui comptent entre 29 et 60 places, ont fait leur rentrée. Dernière née du réseau, une crèche de 40 places dans le centre de Saint-Denis. Mais plus la peine d’espérer trouver une place pour les parents retardataires : les jeux sont faits depuis le mois de mai lorsque la commission d’attribution a examiné les 900 demandes sur liste d’attente. Les 774 places agréées de l’association (soit 12% du nombre de places en crèche sur l’île) ont toutes trouvé preneur.

Babyland construit aussi de nouveaux établissements. Début 2018, une crèche de 60 places verra le jour à la Cressonnière à Saint-André. Et chaque structure développe un projet pédagogique différent. « Avec le jeu des heures de garde, nous accueillons environ 1000 familles sur toute l’île. En janvier, nous avons lancé une crèche itinérante à Salazie qui peut accueillir 10 enfants. Ces dernières années, de vrais efforts ont été faits par la CAF qui a accompagné de nombreux projets de création de places », indique Christelle Audibert, directrice générale petite enfance. « La réforme de la prestation de service unique a permis aux parents de ne payer que les heures de garde réellement faites. Les contrats sont de plus en plus ajustés. On voit une vraie évolution de la consommation des heures de garde et les amplitudes horaires diminuent sensiblement depuis 2 ans. On sent que la crise a diminué le pouvoir d’achat des parents qui font désormais attention à ce budget. »

Le Journal de l’île / p.10