lundi 10 août 2020

Gauche : le chemin sinueux vers le "rassemblement"

Sans union, point de salut. Mais pour sauver un siège au Sénat, qui est vraiment prêt au rassemblement ’ À dix jours du dépôt des listes, ça patine encore un brin.

"Plus il y aura de candidats au rassemblement, moins il risque d’y avoir un rassemblement". La phrase est savoureuse et résume parfaitement la situation. Celui qui nous l’a glissée, hier au téléphone - "c’est une boutade" - est directement concerné puisqu’il s’agit de Christian Annette, candidat désigné par les instances socialistes pour mener la liste des sénatoriales.
A l’instant précis où nous lui parlions, la sénatrice Gélita Hoarau envoyait un communiqué indiquant qu’elle aussi mènerait une liste de "rassemblement des forces de progrès". Une heure plus tôt, Wilfrid Bertile nous parlait de son livre-projet à paraître la semaine prochaine et de sa démarche qui consiste, devinez quoi, à créer le "rassemblement".

Bref, la gauche regorgerait donc d’esprits rassembleurs. Sauf qu’il y a fort à parier que nous aurons, au final, deux listes, l’une menée par le PCR, l’autre autour du PS et du PLR. Et pourquoi pas une troisième après tout ’ Il reste dix jours pour se mettre d’accord "mais ce sera fait bien avant", assure Wilfrid Bertile.
En tout cas, comme le dit un cacique socialiste, "ça discute tous les jours". Et surtout avec le PLR d’Huguette Bello, le grand courtisé du moment, qui couverait, selon les calculs, entre 70 et 80 grands électeurs. "On en a même un peu plus que ça", estimait Huguette Bello contactée hier. Ce qui donne un vrai poids au parti de la députée de l’ouest, sachant qu’à moins de 250 voix, il sera impossible de garder ne serait-ce qu’un siège, alors que la gauche en compte deux dans le Sénat sortant (Gélita Hoarau et Michel Vergoz).

Les plus embarrassés, évidemment, sont les socialistes. Ils compteraient quelque 120 grands électeurs possibles dans le Nord et sans doute une quarantaine de plus si l’on inclut Saint-Joseph. Pour espérer gagner le siège, il ne faut donc pas se fâcher avec Patrick Lebreton et plaire au PLR.
Ce qui donne des ailes à Wilfrid Bertile, lequel alimente sa page facebook d’intentions de plus en plus claires. "Il y a de fortes probabilités que j’y aille", nous disait-il hier. Et même, s’il le faut "sans l’appui d’un grand parti politique, car je pense être un candidat consensuel qui peut permettre à la gauche de se retrouver".

L’ancien maire de Saint-Philippe a tout pour plaire à Patrick Lebreton. Lequel, de toute façon, n’a pas l’intention d’accorder la moindre voix à un socialiste du Nord, a fortiori s’il s’appelle Annette !
Quant à Huguette Bello, elle dit avoir "rencontré Wilfrid Bertile : je lui ai dit que nous-mêmes, PLR, avons aussi vocation à avoir un sénateur. Il faut que nous consultions les nôtres, nous n’avons pas de maître à penser". Un discours qu’elle tient aussi avec la fédération socialiste : "Nous allons encore nous rencontrer pour constituer une liste représentative de la vraie gauche".

Il est en tout cas exclu que le PLR fasse la paix, pour le moment, avec le PCR : "Nous avons perdu la mairie de Saint-Paul car certains nous ont tiré une balle dans le pied et elle fait encore mal", rappelle-t-elle. Christian Annette, de son côté, se dit "parfaitement serein" et "continue de travailler", dans une campagne qu’il mène avec assiduité depuis sa désignation par les instances du PS. C’était au congrès fédéral d’octobre dernier (puis validé par les sections).

L’opposant sainte-marien avait alors obtenu plus de voix que le palmiplainois Jean-Luc Saint-Lambert dans un scrutin d’où s’était retiré, justement ! Wilfrid Bertile. "Il n’a pas voulu à l’époque, je constate qu’il revient aujourd’hui", commente sobrement Christian Annette. Pour lui, en toute logique, c’est le choix des instances qui compte.

Effectivement, lui retirer son investiture ne ferait pas très propre, au sein d’un PS qui a vécu des législatives douloureuses.

Peut-on sacrifier les règles au nom de l’efficacité ’ En politique, c’est souvent le cas. Pour autant, il faut la jouer prudent, comme le dit un dirigeant du parti : "Les sénatoriales sont un gros enjeu, mais il ne faut pas qu’elles donnent lieu à un déchirement interne, et de la gauche en général, en vue des échéances suivantes". A savoir les municipales de 2020, les régionales de 2021 !

En même temps, comme le lâche un autre : "Ce que la droite a réussi à faire avec toutes les inimitiés qu’on leur connaît, on doit quand pouvoir le réussir, non ’" Tout dépend, finalement, de qui veut vraiment le rassemblement !

Le Journal de l’île / p.13