vendredi 07 août 2020

L’union de la droite à marche forcée

La plateforme de la droite et du centre se retrouvera sur une liste commune aux prochaines sénatoriales. Le pragmatisme politique a fini par l’emporter.

Pour une fois, ils se sont un peu passés de l’éternelle bienséance servie à longueur de conférence de presse. « Je ne ferai pas de langue de bois », a même promis Nassimah Dindar, hier, à l’occasion de la présentation de la liste de la plateforme de la droite et du centre en vue des sénatoriales du 24 septembre prochain.

« Je l’ai dit depuis plusieurs mois : je suis candidate et je veux être tête de liste. Je n’ai pas besoin de lever le doigt pour demander l’autorisation. Moi, j’avance, heureusement », a assumé la présidente du Département avant de confier avoir rencontré André Thien-Ah-Koon et Thierry Robert, mais aussi les maires de Salazie ou de Bras Panon. « J’ai fait ce que je devais faire. Qu’y a-t-il de plus naturel que de négocier ? Tout dans la vie est négociation ». Voilà pour le langage de vérité. Elle n’ira pas plus loin. Pas question de reconnaître qu’un projet de liste avec Michel Dennemont, soutenue par Thierry Robert et André Thien-Ah-Koon était sur le point d’aboutir.

Michel Fontaine en 4e Position

Lundi soir, lors du rendez-vous fixé à l’hôtel Saint-Michel pour conclure cette union, il n’a pas fallu longtemps pour conclure l’accord. Jean-Louis Lagourgue, actuel maire de Saint-Marie et 1er vice-président de la Région, s’est contenté de la deuxième place. « J’ai eu peur, à un moment donné d’avoir été oublié, a-t-il confié hier après-midi en référence directe au projet de liste imaginé par Nassimah Dindar et Michel Fontaine. C’est pour ça que j’ai envoyé un courrier aux maires (ndlr, où il a fait part de sa candidature). Je souhaitais une liste d’union et défendre la plateforme avant tout. Je suis pleinement satisfait d’être sur cette liste, derrière Nassimah Dindar ».

Suivent ensuite Viviane Malet et Michel Fontaine. Le maire de Saint-Pierre qui avait menacé de conduire une liste, a souhaité figurer en 4e position en « tant que président de Les Républicains ». Des observateurs avisés estiment qu’il s’agit surtout de s’offrir une porte de sortie. : « La loi sur la moralisation de la vie politique pourrait l’empêcher de se représenter en 2020 car il cumule déjà 3 mandats de maire consécutifs. Si Viviane Malet est élue, il pourra lui demander de démissionner pour récupérer un mandat de sénateur », analysent-ils.

« une union hypocrite »

Si chacun a fini par trouver son intérêt dans cette union, Didier Robert y est aussi pour quelque chose. « Le réalisme et la cohérence l’ont emporté », a affirmé le président de Région reconnaissant au passage que « le choix de l’Union est un choix difficile ». Il a surtout mis en avant la cohérence de la vision politique avec le développement de Pierrefonds ou d’un pôle industriel à Bois Rouge. Entre les lignes, il faut comprendre qu’une liste dissidente, comme celle de Nassimah Dindar et Michel Fontaine, aurait menacé l’engagement de la Région à financer ces projets. Les enjeux étaient trop importants pour refuser l’union.
« Tout le monde a eu un intérêt à se retrouver sur une liste commune, témoigne un proche des dernières négociations. Mais c’est une union hypocrite ».
La méfiance est toujours de mise dans les différents clans. Jusqu’au dépôt des listes, début septembre, des rebondissements sont toujours possibles.

Défendre les collectivités
Toutes les négociations pour aboutir à cette liste d’union feraient presque oublier que les sénateurs jouent un rôle dans l’élaboration des lois. « 75 % de nos amendements sont repris par l’Assemblée nationale », a rappelé, hier, l’ancien sénateur Jean-Paul Virapoullé. Les prochains sénateurs de la plateforme défendront, s’ils sont élus, « les solidarités des plus démunis », mais aussi les collectivités. « Je serai leur défenseur », a promis Jean-Louis Lagourgue dans un contexte national où leurs dotations seront revues à la baisse. Nassimah Dindar souhaite également « simplifier la loi sur les solidarités » afin de faciliter les démarches des personnes porteuses de handicap.

Le Journal de l’île / p.8