lundi 10 août 2020

Les liaisons dangereuses

"Perturbations à prévoir entre le 20 et le 27 août". La prévision valait avis de tempête pour certains. Il aura suffit de ces quelques lignes publiées sur les réseaux sociaux par un fournisseur d’internet, SFR pour ne pas le nommer, pour qu’aussitôt une avalanche de commentaires, souvent très agressifs, a minima désobligeants fleurissent sur la toile.
Au-delà de la liberté des réactions dopées à l’anonymat, la vivacité des propos tient à la répétition.

Les internautes réunionnais ont évidemment encore en souvenir le dernier incident majeur sur le réseau à la mi-juillet qui avait pratiquement paralysé le web local pendant plusieurs jours. Les vives réactions sont en cela logique.
Mais serions-nous devenu tellement accros à la vitesse, tellement dépendants de l’état de nos connexions que tels des enfants impatients trépignant de rage car leurs parents ne veulent pas leur acheter le dernier jouet à la mode que nous ne pourrions tolérer le moindre ralentissement ?
Bien sûr que nos activités personnelles et professionnelles dépendant de plus en plus de cette rapidité. Évidemment que tout ralentissement se répercute sur la productivité et entraine des conséquences économiques à tous les étages de la chaîne d’activité. Mais enfin nous ne sommes pas encore dans le black-out le plus total fort heureusement.

Comme leurs homologues de bitume les autoroutes de l’infirmation connaissant leurs lots d’incidents ou d’accidents quand ce ne sont pas, tout simplement de nécessaires travaux d’entretien et de maintenance. Peut-être que les Réunionnais, habitués s’il en est des bouchons dans la vie réelle ne supportent tout simplement plus ceux du monde virtuel.

Le passé éclairant toujours le présent et donc l’avenir, revenons quinze ans en arrière. Jusqu’en 2002 La Réunion était reliée au reste du monde par des réseaux satellitaires. Un système fort de nombreux atouts, entre autres de coûts, mais dont le principal inconvénient résidait dans sa faiblesse par rapport aux événements météorologiques majeurs sans compter un débit maximum inférieur. En 2002 arrive donc le premier câble de fibre optique sous-marin reliant notre île à l’internet mondial. Une véritable révolution en termes de performances comme de sécurisation des connexions.

Un câble, le Sage, dont le déploiement aura duré pas moins de 5 longues années pour un coût global de la bagatelle de quelques 640 millions de dollar. Un câble mesurant pas moins de 28 000 km de long, plus du double du tour de la Terre. On prend facilement la mesure des enjeux dépassant de très loin notre petit bout de confetti perdu au milieu des océans de données.

En 2009, un second câble arrive enfin, le Lion, permettant de sécuriser une connexion au monde menacée par les incidents divers et variés et d’augmenter sérieusement le volume des données transitant sous la mer. Une sécurisation relative car ces liens de fibre optique ne sont ni parfaits ni infaillibles.
On recense chaque année plus d’une centaine de casses au des 1,1 million de kilomètres de câbles sous-marins qui sont sous les océans et les mers de la planète.

Le plus souvent ces casses sont d’ailleurs imputables à une autre activité humaine, celle de la pêche industrielle.
Or, si en métropole ce ne sont pas loin de 8 câbles, sans compter les liaisons terrestres, qui permettent aux internautes d’être reliés au monde via les océans et d’assurer une certaine sécurité, notre île connait une situation bien plus fragile avec le Safe et le Lion.

Cette fois ce sont des interventions de maintenance qui entraînent des perturbations et non une casse totale qui aurait, elle, des effets majeurs.
En juillet c’était la concomitance d’un incident sur l’un des câbles alors que l’autre était en maintenance qui avait gravement perturbé nos mails et autres surfs sur les réseaux sociaux.
Rassurons-nous face à ces liaisons dangereuses. Un troisième câble joliment baptisé Metiss, est en cours de déploiement et est annoncé comme devant être livré dès l’année prochaine. Les itinéraires bis se multipliant, les ralentissements en cas de travaux ou d’accident devraient donc en toute logique diminuer. Et le tarif baisser ? À voir ...

Hervé Chossat - Le Quotidien / p.3